‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 8 sur 76 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une immense plaine de sable qni se déroulait jusqu'aux plus extrêmes limites de Thorizon, un puissant fleuve qui se frayait un passage à travers des fouillis de plantes aquatiques et des lacis de fleurs, quelques îlots qui s'élevaient au-dessus de Teau, vaguement indiqués par des fourrés où reposaient des crocodiles et des hippopotames, un ciel d'un bleu intense, une température toujours égale, telle devait être, telle était l'Egypte lorsque y parurent, il y a déjà bien des siècles, des tribus venues sans doute de l'Asie. Elles engagèrent aussitôt, contre les indigènes de race noire qu'elles y rencontrèrent, une lutte inexpiable, les refoulèrent àan% le désert ou dans les montagnes du haut fleuve, puis s'efforcèrent de transformer en une vallée assainie, irriguée, humaine enfin, le bourbier infect que formait dans son bassin inférieur le Nil encore sauvage. Cette œuvre gigantesque, les nouveaux venus la menèrent à bonne fin. Ils défrichèrent les forêts, ils détruisirent les animaux féroces, ils desséchèrent les vallées, ils régularisèrent le cours du fleuve. Des cités florissantes s'élevèrent et grandirent. Bientôt un des chefs de cette région ainsi transformée. Menés, fonda Memphis et devint le premier de ces Pharaons, dont les vingt-six dynasties se sont succédé à travers les siècles, assurant à leurs sujets une prospérité matérielle sans exemple et de longues périodes de gloire et de puissance.

Les deux plus célèbres de ces dynasties pharaoniques sont la xvra* et la XIX*. Ahmès, l'Amosis des Grecs, parvint à fonder un empire sans précédents dans le passé. C'est lui qui réussit à délivrer l'Egypte du joug des Hycsos, ou peuples pasteurs venant de l'Asie, qui avaient fait peser sur toute la vallée du Nil une intolérable tyrannie. C'est

encore lui qui, à l'influence des prêtres qui fondent et soutiennent les civilisations primitives, substitua celle des guerriers, qui défendent les civilisations modernes, La sève vitale, qui surabonde chez les peuples fortement trempés par l'adversité, éclate alors de toutes parts, à Tintérieur par de prodigieux travaux d'utilité publique et de fastueuses constructions, à l'extérieur par des guerres, défensives d'abord, et bientôt par des conquêtes. L'Egypte devient la première puissance de l'univers, et, pendant plusieurs siècles, maintient cette domination que justifiaient et ses victoires et la supériorité de ses arts pacifiques.

C'est avec Touthmès III que l'Egypte atteignit l'apogée de sa puissance. A l'intérieur, administration sage et prévoyante, et, comme le dira si bien un des futurs conquérants de l'Egypte, Bonaparte, « dans aucun pays l'administration n'a autant d'influence sur la prospérité publique». A l'extérieur, victoires et conquêtes, dont le souvenir est consené sur la paroi des murailles qui entourent le sanctuaire d'Ammon à Karnak, et sur la face d'un des pylônes du même temple. Malgré les lacunes inévitables de ces documents et la difficulté d'identifier tous les noms propres, on peut suivre le fil du récit et composer un tableau général des expéditions militaires du conquérant. Ses premières campagnes furent dirigées contre les Rotennous, alors les maîtres de l'Asie antérieure. U les baltit à plusieurs reprises, et, tout en leur laissant les apparences de la liberté, les força à payer tribut et à fournir des contingents. Tous les peuples de l'Asie centrale passèrent ensuite sous son joug. Babylone, Ninive, toute la Syrie, l'Arménie elle-même dépendaient de son empire, qui s'étendait encore en Afrique sur l'Abyssinie, le Soudan et la Nubie actuelle. Le premier de tous les Pharaons, il équipait sur la Méditerranée une flotte considérable, et, en peu d'années, acquérait sur les eaux une suprématie absolue. On a trouvé des monuments du règne de Touthmès III en Algérie, à Cherchel, ce qui reculerait bien loin dans la direction de l'ouest les limites de son empire. Il est probable que les îles de l'Archipel, les cotes de l'Asie Mineure et de la Grèce, peut-êlre le sud de l'Italie et jusqu'aux rives de la Colchide lui obéissaient encore, si du moins nous en croyons la traduction d'une stèle de Karnak, dont le style élevé rappelle les plus beaux morceaux de la Bible : « Je suis venu, je t'ai accordé de frapper les princes de Zabi, je les ai jetés sous tes pieds à travers leurs contrées, je leur ai fait voir ta majesté, tel qu'un prince radieux, projetant ta lumière sur leur face. — Je suis venu, je t'ai accordé de frapper les princes d'Occident. Kefo (Phénicie)et Asi (Syrie) sont dans la terreur. Je leur ai montré ta majesté, semblable à un jeune taureau au

cœur ferme, aux cornes aiguës, auquel on ne peut résister. — Je suis venu, je t'ai accordé de frapper les habitants des îles. Ceux qui résident au milieu delà mer sont atteints par tes rugissements. Je leur ai montré ta majesté,

PYLÔNE DE SARNAK

semblable à un vengeur qui se dresse sur le dos de sa victime. — Je suis venu, je t'ai accordé d'écraser les Tahennous (Libyens) ; les îles des Danan sont au pouvoir de tes esprits. Je leur ai montré ta majesté telle qu'un lion furieux qui se couche sur les cadavres à travers leurs vallées », etc.

Au retour de chaque expédition continentale ou maritime, asiatique ou nfrioaino, de nombreux prisonniers étaient conduits en Egypte pour y construire de fastueux monuments en l'honneur des triomphateurs. Vue poinlurc découverte sur les parois d'une chapelle funéraire, à Gournah, nous montre ces captifs au travail. Les uns pétrissent la terré, les autres façonnent des briques et élèvent des murailles. Des Égyptiens armés do fouets et de bâtons surveillent les ouvriers. Il est difGcile de trouver un meilleur commentaire à l'histoire de la servitude en Egypte dos onfimts d'Israël.

\ *fc ap ** '» 1* ■> i

^ w * n. wL ^ i^v s., g.

TlASSrORT Dr5 CV^LOSSE

Oolto ôtonuiinlo pros|HTilé se maintint sous les successears immédiats ile Touthmos IIK et miHno sous les premier^i Pharaons de la xnf duKistio: m.tis dôja se laissait pressentir une décadence prochaîne* car U'îii b^^yptions jMss^Mit do l'offonsivo à la défensive. Le plus célèbre des s^mxoniius tlo c^^Ho Kimillo est le tamoux Sésoslris* dont Thisloire a sinjuUorvnuHit été dJ^îicurvo* H existe ou offot doux SéM^strîs, celui de la K'^Mhlo ot ivlui ^W la rtxiHlô* et ils no se rvsMMubîont nullement. On dirait pro>*|ih^ quo K^ hîstorîous iîivcs qui ont fabriqué le Sésoslris Vv\r.*"l*î:v M* >^^nt d>^nuô lo mot jvnir aiYumulor K*s invniisoaibîances. \-s rvnvhJitv-^^iit m.^ino Tau sur Kauliw et plus ils sVîoiçnonl de rc;vv;,;o pA-^u-tivV oCk rv^:nAil lour hôrv^<, plus leurs rvvîts rovloublenl i'cvA^vr*:..^':. D\rj^rîs llo;>vîv^U\ Sôs^wtris auniil subjuçuô toutes les r^i::. y.< ^u.* Ki Uno U uut Hv^uco. ot no m^ sorait arrvto que [or suite de l:iVA>^:V , ..' vV s'ji^AUvvr p'us loin à oau>o dv^ Kt<-tVrii>. 11 >e serait ji\j> r>;':.,: -v,x* ^v::::y u^ vvnv.uouî. oî no rxxtut ou t^yvto qu\i;rès avoir :s*i. '*. < rv^.^:^ t-u: v\v\:y ^^ uiio |Mr,io vU* TKutviw ><:v.Ai:t ;vir*,out des

r xu u.: ivx"V,X' V r\.-v:o vie -s. r. r\%:'*o jvir Îa vv:>:ru; :;*t ^.Îk: iv.omu-

ÉlM^Me^^

<€mmm

ments splendides et de travaux utiles. Au moins le Sésostris d'Hérodote esl-il encore un homme. Avec d'autres historiens, Manéthon, Diodore de Sicile, il devient un demi-dieu. Sa naissance est annoncée par des prodiges. Douze cents Égyptiens, nés le même jour que lui, sont élevés avec lui, et, plus tard, forment sa garde particulière. Jeune homme, son père l'envoie en Arabie, où il terrasse des bêtes fauves. Devenu roi, il lève une armée formidable et conquiert l'Ethiopie. Sa flotte pousse jusqu'au Gange pendant qu'il longe et soumet les côtes. Au retour, il traverse la Scythie, la Thrace et revient en Egypte pour y construire des monuments splendides. Ce Sésostris fabuleux est encore celui de bon nombre d'historiens modernes. A lui seul, il semble avoir absorbé la gloire de ses devanciers et de ses successeurs, et pourtant il n'a jamais existé. En lui, tout est faux jusqu'au nom, puisqu'il s'appelait Ramsès II Meïamoun. Essayons de dégager sa mémoire des absurdités qui la déparent, et de substituer au Sésostris de la légende le Ramscs de l'histoire.

Une longue série de règnes heureux, une population exubérante, des richesses accumulées, une armée dévouée, tout en Égjpte annonçait et préparait un grand règne. A peine né, Ramsès fut associé à son père Séti P% et cette association ne fat pas seulement nominale, car il exerça le pouvoir très jeune. Il était homme fait quand son père mourut : ainsi s'expliquent les soixante-sept années de son règne, comptées depuis son avènement à la couronne. Au début de son véritable règne, Ramsès combat les Tahennous, peuple libyen, les Éthiopiens et surtout les Chélasou Héthéens de Syrie. Nous avons deux récits contemporains de cette dernière campagne. Le premier est en quelque sorte le bulletin officiel de l'expédition. Il est conservé à Louqsor, au Ramesseum de Thèbes et h Ipsamboul. Le second est un poème du scribe royal Pentaour, dont sans doute le mérite était grand, car il fut gravé tout entier sur les murailles de Karnak et de Louqsor, et reproduit par de nombreux manuscrits. Ramsès aurait, dans cette campagne, couru de graves dangers, mais il les surmonta par sa valeur personnelle. Il finit par accorder la paix à ses remuants voisins, comme le prouve le traité de paix, le plus ancien document diplomatique connu, dont des fragments importants ont été conser>és sur la muraille de Karnak. A ces guerres honorables se bornent les prétendues conquêtes de Ramsès, car ses petites campagnes contre les nègres du Soudan ou les Libyens sont des razzias plutôt que des campagnes en règle. Il est probable qu'une tranquillité durable suivit ces années agitées, et que le Pharaon en profita pour construire les nombreux monuments qui rappellent encore sa mémoire. 11 se servit,

pour les bâlir, des nombreux prisonniers qu'il avait ramenés de ses campagnes. I^a plus intéressante de ces populations esclaves est la tribu hébraïque. On a cru, en effet, retrouver son nom sur les monuments (Apéri), et il est fort probable que ce fut sous le règne de Ramsès II que les Hébreux subirent la persécution que raconte la Bible, et qui se termina par leur exode.

Page 1