Chapitre X
dons une détonation et un sifflement aigu. Une peau parcheminée s'est crevée, et le ballon s'emplit d'air.
t Grand Dieu ! nous sommes perdus I s'écrie M""® Valdy.
f — Alerte! alerte! dit M. de Kisseloff, précipitons le mouvement du piston et nous sommes sauvés.
f — Ne vous effrayez pas, dis-je à mon tour, rien n'est compromis. »
t En efFet, je sentais que le Céleste^ perdant de sa légèreté spécifique, n'était point aussi maniable, mais les ailes, s'agitant avec force, le maintenaient, et la chute s'accomplissait lentement en glissant. Nous perçâmes la couche des nuages et je désignai à loisir le lieu de descente. Sans exagérer mes assertions, je crois que nous parcourûmes un espace de dix kilomètres avant de toucher terre.
f Nous nous trouvions sur ces plateaux désignés par les géographes sous le nom de coteaux du Missouri. A côté de nous, on voyait un mgwam de Peaux-Rouges, des Sioux, je pense.
f Mauvais voisinage, dit M. Will Tooke. »
fLes Indiens, effrayés, abandonnèrent leurs huttes de peaux de bisons, mais nous les revîmes bientôt. Ils avaient endossé leurs costumes de guerre, costumes bizarres s'il en fût. Les uns avaient une peau de daim sur une chemise de toile et leur tête était coifi^ée du chapeau à l'européenne; d'autres portaient des pantalons veufs de
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leurs sièges; d'autres encore s'étaient revêtus de vieilles défroques qui sentaient le moyen âge d'une lieue; tous avaient le cou, les oreilles, les bras, la chevelure surchargés de coquillages, d'ossements, de dents d'animaux; tous avaient le visage tatoué, et le tatouage leur donnait un aspect horrible. Les sachems se mirent en ligne , brandirent leurs fusils et entonnèrent un chant guttural. Les guerriers venaient ensuite, puis les squan^s (femmes) et les pappooses (enfants). Et tout ce monde criait, braillait, beuglait avec les tons les plus discordants. Jamais nous n'entendîmes une cacophonie plus épouvantable.
t Pickerreek remit une peau de rechange, mais il nous était impossible de repartir avant de faire le vide dans l'intérieur du ballon, opération qui exigeait toujours un temps assez long et favorisait ainsi les dispositions hostiles des Indiens.
• M. Will Tooke prit une résolution- héroïque; il s'avança seul vers les Peaux- Rouges, déplia majestueusement une feuille de papier froissé et cria trois fois : 04' hou! terme de salut employé par les sauvages enfants des prairies. Ceux-ci cessèrent leurs chants et parurent se consulter. M. Will Tooke, impassible, solennel, sérieux, continua d'avancer et prononça le speech suivant :
• Je viens de la part du grand Père qui est à Washington, pour renouveler les traités d'amitié qui ont toujours lié la grande nation des Sioux avec les blancs. Nous ne sommes pas ici pour vous