Chapitre X
disputer vos chasses et vos terres, nous vous apportons la paix... et des présents. »
f Ce dernier mot produisit un effet magique sur trois chefs qui baragouinaient un peu Panglais, Ils engagèrent les Indiens à cesser leurs cris et leurs menaces et s'avancèrent avec assez de hardiesse. L'un d'eux serra la main à M. Will Tooke et lui dit :
t Les Sioux sont pauvres, mais leur pauvreté ne les rend pas jaloux de la richesse des visages pâles. Le grand Esprit a créé les Sioux pour chasser les buffles, mais non pour conduire les bœufs et labourer la terre. Que les blancs respectent nos droits et nos coutumes, nous serons leurs amis et nous accepterons ce qu'il leur plaira de nous oârir.
f — Je puis vous donner de la poudre et de l'eau de feu, répondit M. Will Tooke, en petite quantité, il est vrai, car sur mon passage j'ai distribué de fortes provisions, mais je reviendrai et vous serez satisfaits de mes libéralités.
f — Les scalps resteront dans nos maisons tant que vous serez parmi nous. »
t M. Will Tooke connaissait ses interlocuteurs et les prenait par leur faible. Il leur distribua une livre environ de poudre et deux bouteilles de cognac.
t Nous autres, nous ne perdions pas de temps. Connaissant, par ouï-dire, l'extrême mobilité de caractère des Indiens, craignant qu'ils ne prissent le Céleste pour un engin de destruction, nous agi-
204 £<^ Conquête de l'Air,
lions frénétiquement les leviers des machines pneumatiques. En moins d'une demi -heure le vide était fait.
f Les Peaux- Rouges commençaient à s'approcher et examinaient Taéronef avec défiance. Quelques-uns élevaient la voix sur un ton belliqueux qui ne laissait aucune méprise sur leurs mauvaises intentions. Nous étions disposés à défendre chèrement notre vie, mais nous aurions certainement succombé, car nous ne pouvions repousser et vaincre plus de trois cents ennemis. Enfin , M. Will Tooke, toujours impassible et calme, prit place à nos côtés. Le Céleste agita ses ailes et s'envola...
f Jamais stupéfaction n'a été aussi accentuée que celle des Indiens. Leur surprise se traduit par des cris aigus qui parviennent jusqu'à nos oreilles, et nous les apercevons se sauvant dans toutes les directions avec les marques d'une extrême frayeur.
f Heureux d'avoir échappé au danger qui nous menaçait, nous ressentons un bien aise d'esprit inexprimable ; les paysages de ces riches contrées qui se déroulent sous nos yeux nous paraissent plus riants et plus beaux. Enfin, au moment où le crépuscule envahit les limites de l'horizon, nous nous abattons près du fort Pierre-Chouleaux, sur le Missouri. Le commandant du fort vient à notre rencontre et nous souhaite la bienvenue.
f 12 septembre. — Après une nuit consacr-ée au repos, nous repartons de bon matin, car j'ai résolu d'arriver à Denver dans la soirée, et la distance