Chapitre X
désigné aux colons de la Red -River comme rinventeur de l'aéronef; sa verve gasconne a mêlé d'amplifications outrées les éloges qu'il me décernait, et j'ai vu le moment où les colons me portaient en triomphe. Ma modestie, mise à une rude épreuve, a été sauvée par la venue du facteur en chef, qui nous a offert une amicale hospitalité.
• Fort-Garry est déjà une petite ville ; sa situation lui assure un avenir prospère; peu de pays sont mieux et plus intelligemment cultivés que ses alentours. Depuis i86p, la colonie de la Rivière-Rouge fait partie de la confédération du Canada sous le nom de province de Manitoba, et Ton m'assure que la province est peuplée de 60,000 habitants, y compris 40,000 Indiens à demi-civilisés.
• Avant de quitter Fort-Garry, nous visitons la Red-^ver Q/îcademy, école oii sont élevés gratuitement les enfants des agents de l'Hudson's bay fîir Company. Nous sommes réellement surpris du merveilleux agencement de cet établissement d'éducation et des choses pratiques qu'on y enseigne. Quoi qu'en pense M. de Kisseloff, les Anglais ont du bon, et ils savent que l'instruction est la base sur laquelle doivent reposer les sociétés modernes.
• Nous disons adieu à nos amis du 1 1 septembre et nous partons. Nous nous dirigeons toujours vers le sud en suivant les contours de la Red-River. M. Will Tooke me montre un assemblage de maisons sur la rive gauche de la rivière : c'est
200 ha Conquête de l'Air,
Pembina, un poste de la compagnie américaine de pelleteries. M. Will Tooke salue sa patrie d'un formidable hurrah !
f Notre altitude n'est que de cinq à six cents mètres; avec nos lunettes, nous distinguons parfaitement le pays. A notre droite, se déroulent les plaines immenses du Dacotah ; à notre gauche, celles du Mmnesota. Vers deux heures du soir, nous franchissons le Cheyennayu, affluent de la Rivière-Rouge, et nous arrivons au fort Abererombio, où nous renouvelons nos pro\îsions de bicarbonate de soude et d'acide chlorhydrique.
• En quittant le fort Abererombio, le Céleste incline au sud-ouest, et nous traversons une région de prairies. La savane nous paraît infinie; c'est une mer jaunâtre, car l'été a desséche les herbes. Une pluie fine et glacée vient contrarier notre voyage, mais les nues sont assez basses et nous parvenons facilement à nous élever au-dessus d'elles. Nous jouissons alors d'un spectacle magnifique. Pendant qu'il pleut sur la terre, le soleil darde ses rayons éclatants sur nous; l'azur du ciel contraste avec la teinte blanchâtre des nuages ; ceux-ci roulent sur eux-mêmes, s'entrechoquent, se confondent, prennent les formes les plus bizarres et s'engouffrent dans le courant d'air créé par la marche rapide de l'aéronef. Parfois on croirait que nous sommes le noyau d'une comète entraînant à sa suite une queue gigantesque de vapeurs. Pendant que nous admirons le phénomène curieux dont nous sommes les seuls témoins, nous enten-