‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 102 sur 234 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

est longue. Nous franchissons rapidement un pays de plaines, presque semblable à celui que nous avons traversé la veille. Le temps est beau, la brise est faible et nous dépassons rarement 500 mètres d'altitude. Tout à coup, entre la Mankizitah et la Nebraska, deux affluents du Missouri, nous distinguons une masse noire qui grouille. Ce sont des bisons. Leurs mugissements parviennent jusqu'à nous. La troupe est nombreuse et passe comme une avalanche. M. Will Tooke désirerait s'arrêter quelques instants pour chasser ces grands animaux de la savane, mais comme cette chasse serait sans profit et nous retarderait, je refuse de descendre.

f II est plus de midi quand nous arrivons à Fort- Laramie. Nous sommes reçus par un capitaine et plusieurs soldats, qui représentent à nos yeux le type du guerrier-laboureur^ imaginé par le maréchal Bugeaud, car depuis que les Sioux, les Arickeris, les Mandans, les Chayennes et autres populations indiennes ont été refoulées et cantonnées, depuis que les excursions sont moins dangereuses, les voyageurs n'ont plus besoin de la même protection, et les soldats ont quitté le fusil et le bowiecnifFe pour la bêche et la charrue. Fort-Laramie est un gros village, sur le chemin de fer qui doit pénétrer dans TEtat de Montana.

((Après avoir pris un léger repas et nous être ravitaillés, nous reprenons notre route aérienne. En nous élevant de 1,000 à 1,500 mètres d'altitude, nous distinguons parfaitement les montagnes Rocheuses. Plusieurs de leurs pics sont cou-

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verts de neige et leurs profils se découpent sur le ciel bleu avec l'apparence de cumulus immobiles.

f Parmi les bruits qui nous sont envoyés de la terre, notre oreille n'a perçu jusqu'ici que celui de la brise passant dans les forêts et celui des cascades et des rapides. Nous entendons le sifflet d'une locomotive. Cette note aiguë nous trouble et nous émeut. C'est la civilisation qui apparaît après avoir vaincu l'âpre nature et les déserts immenses, c'est le progrès qui se manifeste là où régnait naguère la barbarie !

• Nous passons au-dessus de Cheyenne-City, la capitale du Wyoming; nous pénétrons dans le Colorado, nous volons en ligne directe jusqu'à 40 degrés de latitude nord. Après une course de trois heures, nous apercevons une multitude qui pousse de formidables hurrahsj lorsque Paéronef décrit ses circonvolutions de descente et vient s'abattre dans la plaine.

f Nous sommes à Denver! »

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