‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 104 sur 234 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

Weston était le type accompli de ces hardis pionniers qui abondent dans le Far- West. Tour à tour squatter, soldat, colon, chercheur d'or, on Tavait connu plus pauvre que Job, et aujourd'hui il était à la tête de Tune des principales maisons de banque de la contrée. Sa nature énergique, son courage à toute épreuve, son caractère aventureux avaient triomphé dans la lutte incessante qu'il osa soutenir contre les dangers, les fatigues, les déboires, les désillusions et Tâpre nature.

t Je ne suis point le seul qui ait réussi, disaitil modestement, à vingt ans, tous les Américains ont l'appétit d'une fourmi, la force d'un mulet et le courage d'un lion. Avec ces qualités on arrive à faire son chemin... pourvu qu'on ne laisse sa peau en route.

— Le pays est riche, interrompit M™* Valdy, et je pense que les forts et les vaillants parviennent à vaincre facilement une nature qui n'est point aussi ingrate que vous semblez l'affirmer.

^— Ah ! mistress , répliqua Charles Weston , l'illusion est belle et le spectacle grandiose quand on admire nos vastes plaines d'une altitude de plusieurs centaines de mètres ; mais leur aspect change quand on les parcourt à pied. Je sais bien que Fenimore Cooper, une des gloires de la jeune Amérique, a embelli les solitudes immenses de tout le prestige de son imagination, mais les romanciers sont un peu menteurs. La savane est triste; sitôt qu'on s'engage dans l'océan de verdure, sitôt qu'on perd la terre de vue^ c'est-k-dire ,

2IO La Conquête de l'Air.

qu'on n'aperçoit plus les collines lointaines, les arbres, les buissons, les dépressions de terrains; on est saisi par un ennui et un découragement extrêmes. Après plusieurs journées de marche, c'est toujours le même silence et la même uniformité désolante. Nulle trace de civilisation. La vie ne se manifeste que par la présence des loups, des serpents à sonnette, des corbeaux, des chiens des prairies. Les mirages se répètent à chaque instant, et quand la vision s'évanouit, la vaste solitude reprend un aspect plus désolé. Et je ne vous parle pas des orages et des inconstances de température ! Parfois il se produit une variation de 30 degrés. Au moment ou vous admirez la douceur du climat, le vent souffle impétueusement du nord-ouest, la neige tombe, la terre se gèle. Malheur alors au voyageur attardé!

— Les savanes ne seront donc jamais colonisées? reprit M"^ Valdy.

— Je ne prétends point cela, mistress, mais il faut du temps. Les colons se heurteront encore contre une foule d'inconvénients , principalement contre les ardeurs du soleil et les sauterelles, mais quand nous aurons imaginé de bons systèmes d'irrigation, quand nous aurons planté des arbres, les conditions climatériques changeront et la colonisation s'emparera des steppes. Nous ne sommes que l'avant-garde des travailleurs appelés à transformer radicalement ces contrées. Nos petits-fils termineront l'œuvre que nous avons commencée. »

Pendant toute la soirée du 12 septembre, il y

Page 1