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Chapitre XL

eut fête à Denver. Les maisons se pavoisèrent, les magasins se fermèrent. Un splendide dîner fut servi chez Charles Weston. Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz abandonnèrent bientôt la table. Bras dessus, bras dessous, les trois camarades parcoururent les rues de la cité des plaines. On remarquait cependant qu'ils étaient un peu t éméchés » et que l'appui mutuel qu'ils se prêtaient leur était nécessaire. Que voulez-vous? Nul n'est parfait sur cette terre ! et puis les vins de France ont une saveur et un parfumsi agréables ! Au loin, c'est la patrie dans un verre !

f A l'étranger, disait Pickerreek, on doit boire par patriotisme et pari dévouement; je ne connais que ça ! »

Le Tatar chantonnait et trépignait sur place. Encore une gorgée et il eût dansé.

f De la dignité, morbleu! lui dit Cardounet, à nous trois nous représentons la France et la Russie ! »

Dernghuiz ne comprît pas, mais il cessa de s'agiter; son attention était éveillée par la présence d'une foule compacte qui s'avançait en désordre. Quelques hommes portaient des bannières sur lesquelles on lisait les inscriptions les plus bizarres et les plus pompeuses: l^enver-City est plus glorieux que saint Louis ^ Chicago, Cincinatti et NeiP-York, elle^ reçoit le Christophe Colomb de V aviation; Le roi des oiseaux est ici! hurrah! pour Marcel Valdy gentleman! Le vol est une propriété^ etc., etc. Quelques honorables négo-

aia La Conquête de l'Air.

ciants profitaient de l'occasion pour étaler des affiches colossales. T. Markett offrait la cassonnade à meilleur marché que tous ses concurrents appartenant à la noble corporation des épiciers ; Hubson garantissait l'excellente qualité de son wiskey; un tel donnait sa marchandise: aujourd'hui en payant et demain pour rien; un autre vantait une panacée universelle qu'il prétendait avoir trouvée, etc., etc. Commerce, industrie, réclame, beaux-arts, politique, chantage, tout marche ensemble en Amérique.

La foule se portait chez Charles Weston pour acclamer les voyageurs du Céleste. La rue ou était la maison du banquier fut obstruée et une musique d'amateurs joua, à la grande j'oie des spectateurs, des airs nationaux français... ou prétendus tels : Partant pour la Syrie; au Clair de la Lune; la Marseillaise ; Marlborough s* en va-t-en guerre; le roi Dagoberc ; la Fille de M"* Qângot. Chaque morceau eut les honneurs du bis. A plusieurs reprises, Valdy dut se montrer sur le balcon ; Will Tooke harangua la multitude, puis lui succédèrent quatre ou cinq orateurs qui parlèrent longuement sur les mérites de rétonnante et nouvelle invention. Le dernier orateur termina son discours ainsi :

f La France et l'Amérique ont combattu autrefjis pour l'Indépendance sur les mêmes champs de bataille. Si nous sommes maintenant le premier peuple du monde, c'est à la généreuse nation de la vieille Europe que nous le devons ; aussi,

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