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Chapitre XI

je VOUS le déclare hautement, Valdy, ce Fulton français , est un homme considérable. Lui et ses vaillants compagnons sont dignes d*être Yankees!... »

Rien n'ét^tit plus propre à flatter la multitude que cette dernière phrase; ce fut un déchaînement de cris, de vivats, d'acclamations enthousiastes. Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz reconnus au milieu de la foule furent hissés sur un char artistiquement décoré et promenés, au son de la musique , dans les rues de Denver. On fit de nombreuses haltes chez les débitants de boissons. Une fois, Pickerreek sortit son chapeau pour saluer les spectateurs; Tun d'eux se méprenant sur les intentions du marin, laissa tomber plusieurs dollars dans le couvre-chef. Son exemple fut immédiatement suivi par d'autres.

f Quoi! dit le brave Pick indigné, on nous offre de l'argent?

— Prends toujours, répliqua Cardounet, on ne sait pas ce qui peut arriver. »

La promenade se continua pendant plus de deux heures et les dollars tombaient toujours !

Lorsque Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz reparurent chez Charles Weston, l'animation générale se calmait et les poches de nos trois camarades regorgeaient d'argent. M'"** Valdy leur adressa quelques sévères reproches sur leur escapade.

• Ne vous fâchez pas, madame, dit Cardounet, nous n'avons point perdu notre temps, nous apportons un joli magot. *

ai4 La. Conquête de l''Air,

Et il étala ses dollars.

f Vous avez donc quêté, reprit M™* Valdy, ce n'est pas digne de vous !

— Oh ! pour ça, non. On a donné, nous avons reçu.

— Votre exhibition a été largement payée. Je ne vous en fais pas mes compliments.

— Et quand cela serait, madame ! tout se paye en ce monde... mais ce n'est pas une raison pour nous parler comme un quartier-maître en colère. Notre bordée a été courte et fructueuse... que diable ! il doit bien y avoir des malheureux dans ce pays, quoiqu^il soit rempli d'or. J'ai entendu dire qu'un certain Midas n'a jamais été si malheureux que lorsque Jésus-Christ ou Jupiter, je ne sais plus lequel, lui accorda le pouvoir de changer en or tout ce qu'il toucherait.

— Qu'est-ce que cela prouve?

— Cela prouve, madame, qu'il faut remiser vos reproches, prendre notre argent et le distribuer aux pauvres de Denver. Hein? que penses-tu de mon idée, Pick?

— Pardieu ! que veux-tu que je fasse de tant d'argent? Toi, tu es éduqué et tu parles comme un livre ! »

Deux larmes brillèrent sur les paupières de M°' Valdy. Elle était touchée par cette générosité si simple et si dépourvue d'apparat. La jeune femme prit les mains calleuses des deux marins et lès pressa avec effusion.

• Pardonnez-moi, mes bons amis, leur dit-elle.

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