Chapitre XIII
s'ils VOUS apercevaient, ils vous chercheraient querelle. L'autorité que nous exerçons sur eux est très-limitée et ils détestent les visages pâles. Les tribus les plus redoutables sont celles des Indiens Nagaïls, des Manscouds, des Sloud-Couss, des Carriers. Ces sauvages ne font jamais quartier et vous deviendriez infailliblement leurs victimes s'ils s'emparaient de vos personnes.
— N'ayez aucune crainte pour nous, mon commandant, répliqua Pickerreek, pour n'être pas avalé, on sait se mettre en travers. •
L'aéronef s'éleva au-dessus du fort Chilcotin et prit la direction du nord-ouest. Rien n'entrava sa marche. A cinq heures du soir il s'abattait sur un petit cap du détroit de Vancouver, à une encablure du fort Simpson. Là,^Will Tooke retrouvait des compatriotes, car le fort Simpson, situé à l'extrémité sud du Nouveau-Cornouailles, appartient à cette région connue sous le nom de territoire d'Alaska, cédée pajr la Russie aux États-Unis en 1867, pour la somme de 7,200,000 dollars. — Comme toujours, la réception faite aux voyageurs fut des plus enthousiastes et des plus amicales. Valdy, M"« Valdy, Will Tooke, de KisselofF, couchèrent dans l'intérieur du fort; Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz voulurent reposer à bord de l'aéronef. Les deux marins aimaient le Céleste comme ils avaient aimé leurs navires et ils ne pouvaient se résoudre à l'abandonner.
Pendant la nuit le ciel se couvrit de nuages et une pluie froide et serrée tomba avec violence.
Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz s'arrangèrent de leur mieux et luttèrent contre Tintempérie en savourant deux bouteilles d'un vin généreux, disposées jpar hasard à portée de leurs mains. Quand la lumière du soleil parut, la pluie tombait toujours et le vent d'ouest soufflait avec assez de force.
t Chien de temps ! dit Cardounet ; le capitaine ne sera pas content. •
Valdy, en effet, était contrarié. Il redoutait pour sa femme, nature délicate et habituée au comfort, les suites d'une longue exposition au froid et à la pluie. Celle-ci devina les appréhensions de son mari. Elle s'entoura d'une pelisse fourrée, couvrit sa tête d'une capeline de peau d'élan, chaussa des bottes de peau de phoque et se montra dans ce bizarre accoutrement.
« Maintenant, je suis imperméable, dit-elle gaiement; quand partons-nous?
— Aussitôt, madame, que nous aurons pris les mêmes précautions que vous • , répondit en riant Will Tooke.
Grâce à l'obligeance des habitants du fort, les voyageurs se procurèrent des costumes complets en usage dans ce pays humide.
Le Céleste partit. D'abord il rasa la terre afin de mieux s'abriter contre le vent, mais cette manœuvre s'exécutait difficilement et gênait le vol; alors il monta assez haut pour dominer quelques îles de' l'archipel du prince de Galles; le vent le repoussa toujours vers la terre ferme.