Chapitre XIII
lui lièrent les mains et le poussèrent devant eux jusqu'au Céleste.
t Que faisons-nous de notre capture? demanda Iwan de KisselofF.
— Il faut lui procurer les agréments d'un voyage aérien, répliqua C^rdounet, cela Tédifiera sur notre compte. »
L'Indien fut hissé sur le pont du Céleste; mais tout à coup ses yeux brillèrent avec une joie féroce et il fit un violent effort pour rompre les liens qui le garrottaient. Dans le lointain, il voyait tous les guerriers de sa nation qui s'approchaient... Ils étaient deux à trois cents! Que pouvaient les visages pâles contre ce nombre? La résistance devenait impossible! Il allait être délivré !
• Capitaine, tout est prêt •, cria Pickerreek.
Les voyageurs s'embarquèrent aussitôt et l'aéronef agita ses ailes.
Les Tchougatches commencèrent le feu, mais les vieilles armes dont ils se servaient n'avaient qu'une faible portée; les balles n'arrivèrent pas jusqu'au Céleste^ qui s'élevait déjà dans la direction de l'ouest.
Rien ne saurait dépeindre la stupéfaction du prisonnier. Un tremblement convulsif s'empara de ses membres et it essaya de se précipiter dans l'espace. Pickerreek le saisit par le bras et le retint en lui disant :
« As pas peur; on ne veut pas te manger. »
Cardounet ajouta sentencieusement :
« Nous voulons la conversion du pécheur et non sa mort. »
L'Indien, efFrayé par ces paroles', qu'il ne comprenait pas, jetait autour de lui des regards anxieux et manifestait une extrême frayeur. Les voyageurs eurent pitié, de lui. Après un trajet d'une vingtaine de kilomètres, ils le déposèrent à terre. Aucune marque d'amitié ne put rassurer le Tchougatche, qui s'enfuit rapidement et disparut.
L'aéronef continua sa course, traversa les inlets du golfe du Prince-Guillaume et arriva au fort Saint-Nicolas vers la fin du jour.
Au fort Saint-Nicolas, désigné dans quelques cartes sous le nom de fort Saint-Georges, les voyageurs furent parfaitement accueillis, et les trappeurs qui rhabitent, sous l'autorité d'un facteur, s'amusèrent de l'aventure survenue au prisonnier tchougatche lorsqu'elle leur fut contée.
« Maintenant, leur dit le facteur, vous n'avez plus à craindre les attaques des populations. Sur votre route, vous rencontrerez les Kenaïts, les Koniagis et les 'Aléoutiens, peuplades tranquilles, à demi civilisées, converties au christianisme, mais qui ont un goi^t prononcé pour le wiskey et toutes les liqueurs spiritueuses. »
Le ip septembre, les rayons du soleil n'arrivèrent pas jusqu'à terre. Une brume épaisse, une brume t à couper au couteau » s'étendait dans l'atmosphère et empêchait de distinguer les objets à une distance de dix pas. Cependant, Valdy résolut de partir.