Chapitre XIII
« Nous irons doucement », dit-il.
Le Céleste prit son essor et s'éleva assez haut pour ne point se heurter contre la chaîne montagneuse qui suit la côte et fofme Tartère principale de la presqu'île d'Alaska. Enveloppé de toutes parts par le brouillard épais, Taéronef avançait lentement et prudemment. Enfin, vers trois heures du soir, il atteignit le fort Alexandre, situé sur le cours d-eau qui joint le lac Chelighoff à la baie de Bristol, et s'abattit sur un petit monticule dominant une contrée marécageuse.
Les gens confinés dans le fort Alexandre ne voient qu'à de rares et longs intervalles les vaisseaux américains ou russes qui viennent pendant la belle saison terminer leur chargement de pelleteries ; aussi leur surprise et leur admiration s'épanchèrent-elles avec enthousiasme lorsqu'ils connurent le genre de locomotion que les voyageurs avaient employé pour les visiter. Il y eut fête, pendant la soirée du ip septembre, au fort Alexandre, et le facteur combla de prévenances et d'attentions délicates ses hôtes d'un jour.
f Je n'ai qu'un regret, leur dit-il, c'est de savoir que vous parcourez nos régions aux approches de réquinoxe d'automne. Les tempêtes sont terribles ici, et je crains une catastrophe. Nos vœux vous accompagneront et vous souhaiteront tous les succès que méritent vos efforts, mais ils ne maîtriseront pas l'ouragan.
— Bah ! répliqua Cardounet, le Céleste en a vu bien d'autres !
aéo Lj, Con.^ uè : c de l'Ai.".
— Allons, vous êtes des vaillants : la Providence vous assistera.
— Nous y comptons > , dit M™* Valdy.
Le 2G septembre contrasta avec les trois journées précédentes. Le soleil, sans être bien vif, éclaira l'espace, dissipa les brumes, et la brise soulBa faiblement du sud-est. Sous ces latitudes, on ne pouvait désirer de meilleures conditions climatériques. L'aéronef s'élança dans Tatmosphère. Il suivit la presqu île d'Alaska, terrain rocailleux et en partie stérile, mais habité par des populations vivant de leur pèche. Nous devons dire que ces parages sont entourés de mers excessivement poissonneuses et que la vie y est relativeraent facile. H traversa le détroit d'Isdnotski, qui sépare la première des Aléoutiennes du continent américain, passa sur plusieurs iles dont les principales étaient Ounimak et Akoutan, et vint s'abattre sur la pointe occidentale de celle d'Ounalaschka.
Les Aléoutiennes ont été comparées aux piles d'un pont immense qui relierait l'Amérique et l'Asie. Cette comparaison est juste. Au sud, elles enclavent la mer de Behring et forment trois groupes principaux. Quelques géographes en admettent cinq, qui sont : les iles de Behring, les îles deSasignan, les îles des Rats, les îles Andréanoff et les îles des Renards. Elles sont d'origine volcanique et présentent les traces de violentes commotions géolr>giques. Plusieurs volcans y sont encore en activité et les sources chaudes très-nombreuses.