‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 133 sur 234 · Chapitre XIV · texte numérisé non relu

Chapitre XIV

dant six mois sur un hémisphère, échauffe Tatmosphère, rompt l'équilibre de la température lorsqu'il passe de l'autre côté de l'équateur. L'aii^ vivement refroidi aux pôles, descend vers la zone torride, tandis que celui de cette zone remonte vers les pôles. Il existe ainsi deux courants d'air qui produisent le phénomène dont nous sommes témoins, mais qui luttent souvent ensemble et donnent naissance à ces renverses de vent si terribles dans la Manche et l'océan Atlantique, au mistral sur les côtes provençales, aux typhons dans les mers de la Chine, aux tornados des rives africaines, aux pomperos du Brésil, aux nortes du golfe du Mexique.

Pendant cette courte explication, l'aéronef avançait au-dessus de la mer, et les voyageurs perdaient de vue les falaises du Kamstchatka. On marcha pendant une heure sans ressentir les effets de la tempête qui se déchaînait dans les couches atmosphériques inférieures. Du reste, Valdy ne redoutait point la bourrasque, car il se savait à proximité des terres.

Tout à coup l'aéronef subit plusieurs mouvements oscillatoires. En même temps, on entendit trois détonations.

f Malédiction! s'écria Valdy, la coque s'est crevée! •

Les détonations se multiplièrent.

t Non, non, répondit Pickerreek, c'est le canon d'alarme d'un navire... Voyez-le... là-bas... il se débat dans la tempête... il est désemparé... »

268 La Conquête de VAir,

Avec les lunettes on distingua une corvette anglaise ballottée par les vagues et privée d'y ne partie de ses agrès.

f Capitaine! capitaine! dit Pickerreek, laisserons-nous périr l'équipage de cette corvette sans essayer de lui porter secours?

— Ma foi non, répondit Valdy. Allons, chacun à son poste! »

Le Céleste descendit vers le bâtiment en décrivant une longue spirale; mais arrivé à 200 mètres environ de la surface de la mer, il fut saisi par un vent largue qui le fit tournoyer sur lui-même à plusieurs reprises. Pour comble de malheur, une pluie torrentielle tomba à cet instant et aveugla les courageux sauveteurs. Vingt fois Valdy essaya d'atteindre la corvette qui sombrait peu à peu ; vingt fois il fut repoussé par les rafales, ou bien il la dépassa. Pickerreek, Cardounet, Dernghuiz, WillTooke, Iwan de KisselofFse multiplaient et ne songeaient point aux dangers qui les menaçaient; ils ne voyaient que les malheureux affolés par l'ouragan et par l'apparition subite de l'aéronef. Ceux-ci parurent se rassurer quand ils entendirent des voix venant des airs et crier :

« Courage! courage! »

Les marins anglais parvinrent à mettre à la mer une chaloupe. Le commandant, debout sur la dunette, donnait des ordres avec un intrépide sangfroid et veillait à ce que l'embarquement se fît sans confusion.

« C'est un crâne! » dit Cardounet émerveillé.

Page 1