‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 136 sur 234 · Chapitre XIV · texte numérisé non relu

Chapitre XIV

deux ; il songeait aux incidents de son sauvetage, il songeait à sa corvette engloutie, à ses amis, à ses camarades ensevelis sous les flots. Ce n'était plus le bouillant midshipman de Constantinople. Les voyages lointains, accompagnés de leurs inséparables dangers, avaient mûri sa raison et calmé l'effervescence de la jeunesse; aujourdhui, il était lieutenant au service de Sa Majesté Britannique, et ses supérieurs le notaient comme un des officiers les plus expérimentés et les plus capables de la marine anglaise. Pendant les heures silencieuses du quart, soit dans le calme des nuits sereines du tropique, soit dans les hivernages des mers polaires, il s'était souvenu de l'homme qu^il avait tué (il croyait Iwan de Kisseloff mort), et il se reprochait alors sa provocation insolente. Sa victime le poursuivait partout et lui apparaissait effrayante comme le spectre de Banco. Ainsi était-il tombé en défaillance en apercevant le comte Iwan de Kisseloff!

M'"* Valdy, avec ce tact qui caractérise les femmes, devina Timmense douleur qui accablait Simpson, et elle essaya de le soulager.

f Monsieur Simpson, lui dit-elle, parlez-nous de ceux que la tempête vous a ravis. Le souvenir est une seconde vie, et vous serez encore avec eux.

— Hélas! madame, répondit le lieutenant, la blessure dont souffre mon cœur ne se fermera jamais! Mes supérieurs, mes égaux, mes braves marins, je les aimais tous! Voilà deux ans que nous naviguions ensemble, deux années pendant

lesquelles nous avons partagé les mêmes souffrances et les mêmes espoirs ! Ils étaient ma famille !

— Monsieur Simpson, Dieu prend en pitié les malheureux et les déshérités de ce monde; il ne vous abandonnera pas !

— Je n'ai jamais douté de Dieu, car ses desseins sont impénétrables.

— Comment vous trouviez-vous dans ces mers lointaines au moment où la tempête est venue vous assaillir?'

— Je vais vous le dire. •

Tous ceux qui comprenaient l'anglais s'approchèrent du naufragé.

f Depuis plusieurs mois, continua Simpson, nous tenions les mers de la Chine, et notre station principale était Hong-Kong. Le capitaine James Reynolds, commandant notre corvette, reçut Tordre de revenir en Europe. L'Amirauté, confiante en son habileté, son expérience et son savoir, lui prescrivait d'explorer le littoral asiatique, les îles Aléoutiennes, les côtes américaines depuis la presqu^île d'Alaska jusqu'au cap Horn, C'était une véritable campagne scientifique. Nous devions principalement étudier la météorologie des climats compris entre le 60® degré lat. N. et le 6o« lat. S. Après avoir parcouru la Manche deTarakaï et nous être ravitaillés à Nicolaïewsk, nous nous dirigeâmes vers Okhotsk. Nous avions dépassé l'île Saint- Jonas, lorsque la tempête nous a assaillis. Le capitaine Reynolds essaya de gagner Port-Ajan ou

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