I. Ne pouvaient plus aspirer
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hommes de mer, pensait que le Tout-Puissant avait déchaîné sa colère sur l'équipage de la corvette, parce qu'il était un pécheur endurci, et tout bas il s'accusait et s'humiliait.
f Mon Dieu ! mon Dieu ! murmurait- il en sanglotant; s'il vous fallait une victime pour apaiser votre courroux, pourquoi ne m'avez-vous pas choisi? La voix du sort désigna Jonas, elle calme succéda à la tempête ! Seigneur, j'ai péché et j'étais seul coupable ! •
Pour faire diversion à cette pénible scène, M"™® Valdy demanda au lieutenant quels étaient ses projets.
t Je resterai ici, répondit-il, jusqu'à ce que je trouve les moyens de me rapatrier.
— Pourquoi ne nous suivriez-vous pas?
— Ah ! madame, vous comblez mes vœux les plus secrets. Je craignais de vous embarrasser sur votre navire aérien.
— Vous avez besoin de nouvelles amitiés; soyez des nôtres.
— Madame, ma reconnaissance vous est éternellement acquise. Je viendrai avec vous jusqu'aux Indes. Là, je me mettrai à la disposition des autorités de mon pays. •
Il fut convenu que l'équipage du Céleste s'augmenterait de Georges Simpson. Seul, Iwan de KisselofF fit quelques réflexions mentales où la haine parlait plus haut que la générosité, mais il ne laissa rien paraître de sa mauvaise humeur.
Le rout se prolongea quelques instants, puis
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chacun prit ses dispositions pour le repos de la nuit.
Le 24 septembre, la tempête durait encore et le vent, moins variable, soufflait du nord-est. Le froid assez vif obligea les voyageurs de recourir aux vêtements fourrés. Le Céleste s'éleva à une faible altitude, suivit le littoral de la Sibérie, passa sur Port-Ajan et arriva à Oudskoï.
A Oudskoï, poste russe entouré de tribus de Tongouses, principaux habitants de ces contrées, les voyageurs s^arrêtèrent une demi-heure, déjeunèrent à la hâte, prirent le bicarbonate de soude et Tacide chlorhydrique déposés dans le fort qui commande la rivière Ouda, et continuèrent leur route aérienne. Malgré ses amères pensées et sa noire mélancolie, Georges Simpson se laissait gagner par l'enthousiasme. Il admirait sans restrictions le merveilleux appareil qui l'emportait à travers l'espace avec une rapidité vertigineuse, et louangeait chaleureusement le génie qui Tavait conçu .
t Votre œuvre est belle et extraordinaire, dit-il à Valdy; grâce à votre travail, grâce à votre hardiesse, le jour viendra où l'on pourra impunément braver les tempêtes ; alors les mères et les épouses vous béniront. •
En quittant Oudskoï, l'aéronef franchit des ramifications des monts Sta'novoï et Khingan et pénétra sur une contrée moins âpre et moins sauvage que celle qu'il venait de traverser.
f Voilà le pays de l'Amour, s'écria Iwan de
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Kisseloff; c'est une conquête de la Russie; nous n'en sommes les maîtres définitifs que depuis 1858, et déjà nous l'avons complètement transformé. Cet immense territoire n'était autrefois parcouru que par des populations nomades, les Tongouses, appelés, d'après les animaux qu'ils traînaient dans leurs migrations, Tongouses à chiens, Tongouses à rennes, Tongouses à chevaux; maintenant, les villes se construisent, les steppes se colonisent, les bateaux à vapeur remontent les rivières, l'industrie progresse! »
On riait du chauvinisme d'Iwan de Kisseloff, surtout Cardounet qui disait :
f Monsieur le comte, je préfère mes landes. •
Cependant, lorsqu'on eut atteint la Bureïa, un affluent de l'Amour, on découvrit des champs cultivés, des prairies verdoyantes, des villages mieuropéens, mi-asiatiques, des troupeaux, des* hameaux où la tente du nomade s'abritait contre la ferme du colon, et Ton convint que le Russe n'avait point trop exagéré sa pompeuse description.
Pour arriver à destination, le Ce/e^fe n'avait qu'à suivre le cours de la Bureïa qui serpentait dans une fertile vallée. Il passa au-dessus d'In* kousk, gros bourg et centre agricole, de plusieurs forts et fortins, et s'abattit, vers cinq heures du soir, à Blagowestchensk.
Cette petite ville, située au confluent de la Bu* reïa et de l'Amour, est de fondation récente. I/empereur Nicolas P"^ la fit construire presque en même