‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 139 sur 234 · Chapitre XIV · texte numérisé non relu

Chapitre XIV

temps que Nicolaïewsk, la capitale de la province du littoral de la Sibérie orientale. Elle est le cheflieu d'un cercle administré par des officiers, car les Russes colonisent militairement leurs immenses possessions.

L'Amour, ce beau fleuve nommé Saghalien par les Mandchoux et He-^Loung-Kian par les Chinois, sépare la Sibérie de la Mandchourie. Cosaques et Tongouses de la rive gauche, Mandchoux de la rive droite, aperçurent l'aéronef exécutant ses dernières évolutions dans les airs. Ils éprouvèrent d'abord une frayeur extrême, mais ils se rassurèrent lorsqu'ils virent les autorités russes marcher résolument au-devant de V oiseau gigantesque et serrer amicalement les mains à Iwan de KiisselofFet à ses compagnons.

Le commandant du cercle de Blagowestchensk, craignant que la curiosité de ses administrés ne les entraînât à commettre des soustractions et des déprédations, fit garder le Céleste par un peloton de soldats, emmena les voyageurs dans sa maison et les traita princièrement.

Le lendemain, devant plus de dix mille personnes venues de tous lés points de la contrée, le Céleste s'éleva dans l'atmosphère et continua son voyage. Le vent soufflait toujours du nord-est, mais sa violence s'était amoindrie. L'aéronef traversa la partie septentrionale de la Mandchourie, province chinoise, presque indépendante, gouvernée par troîs vice -rois ou Fou-You, habitée par des Mandchoux nomades et des Chinois sédentaires.

28o Jjii Conquête de l'Air.

• J'ai remarqué une chose, dit Cardounet, c'est que nous sommes véritablement dans le pays des magots. Dernghuiz n'est pas beau , mais il Test vingt fois plus que les indigènes que nous voyons.

— Peste ! comme vous parlez de votre élève!

répondit en souriant Iwan de KisselofF.

— Je ne médis pas de lui, c'est un charmant garçon... au moral. Il est serviable, bpit maintenant le vin sans grimaces, et trinque comme un vrai matelot.

— Qu'est-ce que cela prouve?

— Cela prouve, monsieur le comte, que Dernghuiz, grâce à nos soins, a pris un faux air européen qui le rapproche de nous, et Téloigne du vilain type de ce pays.

— Vous vous trompez un peu, mon brave Cardounet; Dernghuiz n'appartient pas à la même variété que les peuplades au milieu desquelles nous nous trouvons. Comme les Kirghiz, les Basekirs, les Turcomans, les Beloutchis, enfin toutes les populations habitant l'ouest et le sud du plateau de Pamir, il est de race indo-germanique, tandis que la plupart de celles qui sont à Test et au nord font partie de la race jaune ou mongolique, caractérisée par la largeur du visage, des pommettes saillantes, des yeux petits, écartés l'un de l'autre, fendus obliquement, de grandes oreilles, le nez à larges ailerons, le menton pointu, des , lèvres épaisses, la barbe peu fournie, et enfin» un teint jaunâtre.

Page 1