Chapitre XIV
— Monsieur le comte, reprit Cardounet, je ne suis pas aussi savant que vous, quoique j'aie étudié... autrefois... mais il me semble que vous venez de faire le portrait de Dernghuiz.
— Je ne prétends pas qu'il n'y ait une certaine parenté entre les deux espèces humaines dont nous nous occupons, car dans l'Asie centrale elles ont une communauté de langage et de mœurs qui prouve qu'elles se sont quelquefois mélangées et confond.ues , mais vous conviendrez que chez Dernghuiz le type est moins accentué que chez les Mongols que nous avons vus à Blogowestchensk.
— C'est-à-dire qu'il est l'Apollon du Bel air... C'est ainsi*, je crois, qu'on appelle ce citoyen dans le paradis des païens ...
— Non : du Belvéder.
— Va pour Belvéder! Eh bien, il est cet Apollon, comparé à tous les singes qui nous ont visités à Blago... Vos noms russes ont un kilomètre de long et on ne peut jamais les prononcer entièrement sans prendre haleine et boire un coup.
— Il y en a de très-courts, dit en riant Iwan de KisselofF, qui ne nécessitent pas les mêmes précautions.
— Ceux-là, répliqua Cardounet sur le même ton, nous les prononçons deux fois de suite! »
Après avoir franchi une série de steppes et les monts Khingan, le Céleste passa au-dessus d'un pays accidenté, assez bien cultivé, arrosé par de
nombreux cours d'eau et sufEsamment boisé. Il traversa TArgoum, et 200 kilomètres plus loin il atteignit la Schilka, les deux rivières qui, en se réunissant, forment le fleuve Amour. Quelques instants après, il descendit à Nertschinsk, but du voyage de la journée du 25 septembre.