Chapitre XV
rocailleux. Toutes les autorités russes, le gouverneur d^Troïtskosawsk en tête, vinrent souhaiter la bienvenue aux voyageurs. Il n'était que quatre heures du soir, et Iwan de KisselofF voulant mettre le temps à profit proposa à ses compagnons de visiter les trois villes. Le gouverneur s'offrit pour être leur cicérone. On attela deux voitures et Ion commença par Maï-maï-tchin.
t Quoique nous soyons en Chine, dit le gouverneur, vous pouvez vous convaincre combien notre influence est grande ici. Les gens de Maïmaï-tchin nous reconnaissent presque pour leurs suzerains et ils vivent dans la certitude d'être bientôt incorporés à la Transbaïkalie. Sauf les soldats envoyés par la cour de Pékin, tous les habitants nous traitent en amis. Ils savent qu'ils nous doivent le développement de leur commerce, de leur industrie, et ils nous réservent leur reconnaissance. Quels sentiments voulez-vous qu'ils aient pour la Chine, pour un gouvernement dont ils n'entendent presque jamais parler et qui semble les oublier? Ici, nous faisons mieux que sauvegarder nos intérêts et étendre nos relations, nous remplissons une mission civilisatrice qui attirera infailliblement vers nous les peuplades abruties et déshéritées que le Céleste Empire laisse croupir dans leur ignorance et leur misère sans les jamais secourir. •
On arriva à Kiachta.
f Kiachta, continua le gouverneur, ne doit son iitiportance qu'à sa position. D'abord, elle n'était
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qu'une forteresse protégeant la route suivie par les caravanes qui venaient du pays des KhalJcas et du désert de Gobi, mais quand la Russie y eut créé des marchés et une foire, elle devint le centre de tout le commerce des régions asiatiques et sibériennes. La foire se tient pendant le mois de décembre. Vous serez sans doute étonnés qu'on ait choisi l'instant le plus rigoureux de l'hiver pour effectuer les transactions commerciales, mais ici on ne trouve pas les commodités européennes; les routes sont souvent défoncées , les rivières n'ont pas de ponts. En hiver, la neige et la glace nivellent le terrain et établissent des communications directes. Tous les cours d'eau sont gelés et facilitent le passage des convois qui, sans cela, ne nous arriveraient qu'après de longs détours et des frais dispendieux. Notre foire est excessivement curieuse; il y vient des Russes, des Mongols, des Bourètes, des Mandchoux, des Chinois, des Juifs, des Tatars, enfin des gens éloignés souvent de plus de 2,000 werstes\ Les uns campent, les autres élèvent des huttes et tous se mêlent et trafiquent. Rien de plus bizarre que ces costumes pittoresques et disparates qui tranchent avec nos habits sombres et sévères. Nos négociants échangent des cuirs, des feutres, des fourrures, des laines, des bestiaux, de la quincaillerie contre du thé, de la rhubarbe^ de la porcelaine, des soies grèges et du coton. Kiachta étant à 658 myria-