Chapitre XV
va semer Tépouvante partout où il passera. Vous devez vous imaginer que les populations barbares, inconscientes, cruelles, ne vous pardonneront pas leur frayeur si elles s'emparent de vous. Jusqu'au désert de Gobi, annoncez hautement que vous êtes Russes, et vous serez respectés, car la Russie est redoutée, et les contrées voisines de la Sibérie subissent notre influence; mais, au delà, veillez et soyez circonspects. •
Valdy promit de suivre les recommandations du gouverneur. Avant de se coucher, il prit connaissance des renseignements qui lui étaient fournis et étudia son itinéraire.
Le 27 septembre, dès le commencement du jour, les voyageurs serrèrent les mains à leurs hôtes, répondirent par des saluts aux acclamations de la foule qui se pressait autour d'eux et partirent dans la direction du sud. Quelques minutes après, ils étaient en Chine, dans le pays des Mongols-Khalkas, pays montagneux et arrosé par des rivières tributaires du lac Baïkal. A neuf heures du matin, ils arrivèrent à Ourga.
Là , pas d'équivoque possible ; les éléments chimiques étaient confiés à la garde du consul russe.
Ourga est une ville de 80,000 habitants ; elle est une cité sainte et possède le Guison-Tambay incarnation du dieu Bouddha, obéissant cependant à la suprématie du dalaï-lama de H'Lassa. On n'est pas une ville sainte pour rien, aussi Ourga contient une multitude de temples desser-
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vis par plus de trente mille lamas (prêtres). Elle a trois quartiers bien distincts : celui des Russes, celui des Chinois, et enfin celui qui est consacré à la divinité et où ne pénètrent point les profanes.
Il est aisé de se figurer le mouvement que produisit l'arrivée du Céleste dans Ourga ; maïs avant que les visiteurs devinssent trop nombreux, on se ravitailla ; Iwan de KisselofF présenta, au nom de ses camarades, ses respects à la délégation russe et Taéronef s'éleva dans l'espace.
Il obliqua un peu vers Touest et passa sur une région de steppes annonçant le désert. On remarqua plusieurs khans^ mal entretenus, près desquels vivaient des Mongols misérables, organisés tant bien que mal en tribus, et n'ayant pour toute richesse que des troupeaux malingres. On distingua aussi des caravanes qui cheminaient sur la terre aride et qui s'arrêtèrent saisies d'épouvante lorsqu'elles aperçurent le Céleste. Enfin, on vit dans le lointain un mince filet d'eau serpentant au milieu de plantes rabougries. C'était TOrkhon,^ un affluent de la Selenga, l'Orkhon, si célèbre dans . les fastes mongols , et qui baigne de ses eaux limpides Karakorum, autrefois capitale de l'empire de Dgengis-Khan, aujourd'hui bourgade délabrée.
f Tout passe et tout meurt, dit philosophiquement Will Tooke, voilà ce qu'il reste du plus grand conquérant asiatique !