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Chapitre XV

— Les conquérants sont condamnés par Dieu, répondit Valdy, car ils ne régnent ordinairement que sur des ruines, des esclaves et des cadavres. Le jour viendra où l'on mettra en face de leurs exploits sanguinaires les humbles travaux de Tartisan^ les découvertes des savants, les chefs-d'œuvre des génies connus ou inconnus, les martyrs d'une idée, et la postérité impartiale jugera sévèrement les premiers, tandis qu'elle bénira les seconds.

— Tout de même, je ne pense pas que cela arrive de sitôt, dit Cardounet.

— Malheureusement pour l'humanité » , ajouta Valdy.

Le Céleste prit terre sur les bords de TOrkhon, à une faible distance du Karakorum. Le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique se trouvaient chez un lama relégué dans le triste village. Il livra tout ce qu'il avait pour les voyageurs, et on lui donna quelques pièces d'or.

Pendant que l'on ravitaillait l'aéronef. M*»® Valdy et Will Tooke, Ivan de KisselofF et Georges Simpson visitèrent prestement les ruines de l'ancienne capitale de l'empire Mongol. Ces derniers se trouvèrent seuls pendant un instant.

t Monsieur Simpson, dit brusquement Iwan de KisselofF, je n'ai rien oublié du passé! Tant que nous étions sur le territoire russe, les plus simples notions de convenances me commandaient d'être réservé vis-à-vis de vous; maintenant je n'ai plus de ménagements à garder, et j'espère que tout n'est point fini entre nous.

^94 -^^ Conquête de l'Air»

— Monsieur de KisselofF, je suis à vos ordres», répondit simplement Georges Simpson.

A la contenance du Russe et de TAnglais, M™* Valdy comprit qu'il s'était passé quelque chose entre eux ; elle prit la résolution de les surveiller, d'empêcher une rencontre et même de les réconcilier.

Le Céleste repartit et s'engagea au-dessus du désert de Gobi. Rien ne saurait dépeindre la morne tristesse des solitudes qu'il traversa. La plaine aride, le sol pulvérulent se prolongeaient à perte de vue. Bientôt la chaleur devint insupportable, et les courants aériens, s'échaufFant au contact de la terre, produisirent de nombreux effets de mirages.

v Drôle de pays! dit Cardounet; l'on ne voit ni un chat ni le moindre arbrisseau.

— Et cependant, nous suivons la partie la plus fréquentée et la moins étendue du désert, répondit Iwan de Kisseloff; que serait-ce donc si nous le parcourions dans sa plus grande largeur? Diernghuiz, qui a fait ce voyage, prétend qu'il n'y a que cinq arbres entre Ourga et les monts Khingan, soit une longueur de i,ooo à 1,200 kilomètres.

— Bigre! que deviendrions-nous si nous n'avions assez de gaz carbonique pour franchir cette vilaine contrée?

— Rassurez-vous, interrompit Valdy, nos piro^ visions de Kiachta, d'Ourga et de Karakorum sont suffisantes pour nous permettre de traverser toute la Chine. Nous avons d'abondantes réservés

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