Chapitre XV
d'acide chlorhydrique ; si le bicarconate de soude vient à nous manquer, nous le remplacetons par le natron que j'aperçois partout au-dessous de nous.
— Qu'est-ce que le natron?
— Apprenez d'abord, mon brave Cardounet, que nous traversons .le lit d'une ancienne mer intérieure; il ne faut donc pas s'étonner s'il existe une forte quantité de sel. Sous des influences diverses, la nature produit en grand ce que nous produisons en petit dans nos laboratoires, c'est-àdire qu'elle transforme ce sel en carbonate de soude, ou mieux, en natron.
Le Céleste continua sa course; il effleurait presque le sol. Sachant qu'ils ne trouveraient devant eux ni collines ni obstacles, les voyageurs profitaient de cette rare circonstance topographique pour examiner attentivement ïa contrée si peu connue sur laquelle ils passaient.
Le désert de Gobi ou Cha-Mo (mer de sable) est le centre du grand plateau de l'Asie. Il s'étend entre le Turkestan chinois à l'ouest, la Mandchourie à l'est, le pays de Khalkas et la Dsoungarie au nord, le Khou-Khou-Noor et la Charra- Mongolie au sud. Ses rebords ont une hauteur d'environ 1,200 mètres, mais en allant vers le milieu, ils subissent'une dépression vainant entre 600 et 800 mètres, M. Bunge a reconnu que c'était une espèce de Caspienne desséchée, ayant conservé des vestiges essentiellement aquatiques; d'abord les lacs 5alés, puis, en certains endroits,
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une végétation marine, des roseaux, des fîicas, des varechs. La faune est aussi pauvre que la flore. On ne rencontre que des hamsters, de rares troupeaux d'antilopes, de moutons argalis et d'ânes sauvages. En été, le climat ressemble à celui des tropiques ; en hiver, les froids sont rudes, le vent est glacé. En tout temps, il s'élève des tempêtes, des trombes de sable qui engloutissent tout sur leur passage*
Dans le Gobi, il n'existe pas d'oasis comme dans le Sahara. Le palmier n'y croît point. Les ruisseaux qui surgissent des massifs les plus élevés serpentent lentement dans des terrains marécageux et vont toujours se perdre, soit dans les sables, soit dans les lacs présentant les divers caractères des chotts africains. Cependant, des hordes mongoles habitent le désert; pendant la bonne saison, leurs troupeaux broutent l'herbe courte et fine qui pousse dans les lieux humides, et pendant la mauvaise, elles se retirent vers les montagnes ou campent autour des khans que la Chine a établis sur le parcours suivi par les caravanes.
L'aéronef, continuant son exploration, passa au-dessus de quelques lacs presque desséchés dont les plus importants sont : TOlok (45 degrés lat. N.), et, 250 kilomètres plus loin, le Sogoh- Noor, qui reçoit le Tho-Sa, filet d'eau passant à Sou-Tcheou.
Il faisait presque nuit lorsque les voyageurs entrevirent Sou-Tcheou, ville située sur les con-