Chapitre XV
fins du désert, célèbre en Chine parce qu'elle est à une faible distance de Textrémité occidentale de la Wenlî-Tchang-Tching , c'est-à-dire forteresse sans fin, appelée simplement par les Européens la Grande muraille. Se conformant aux instructions du gouverneur de Kiachta, Valdy choisit pour sa descente un endroit solitaire à une demi-lieue de Sou-Tcheou. Les renseignements disaient que les produits chimiques avaient été transportés par un chamelier répondant au nom de Si-Yé-Ki, et dont la maison s'élevait sur la rive gauche du Tho-*Sa, au nord de la ville.
Avec ces indications transmises par Iwan de KisselofF à Dernghuiz, celui-ci promit de trouver et d'amener son homme.
Après une heure d'attente, on vit arriver Dernghuiz et Si-Yé-Ki.
Le Chinois poussait des mulets portant les ballots et les bonbonnes confiés à sa garde. Iwan de KisselofF récompensa richement le fidèle Si-Yé-Ki et le congédia.
f Nous sommes trop près de la ville, dit Valdy, et puisqu'on nous a recommandé de nous montrer le moins possible, revenons sur nos pas, éloignons-nous; nous garantirons ainsi notre sécurité et peut-être notre vie. »
On profita des dernières lueurs du crépuscule
pour appareiller le Céleste. Vingt minutes après,
les voyageurs étaient à 50 kilomètres au nord
de Sou-Tcheou et s'abattaient dans une plaine où
nul vestige humain ne se montrait.
298 IjO. Conquête de l'Air.
Pickerreek et Cardounet préparèrent le repas du soir; sur le sol pierreux, ils déposèrent quelques provisions et plusieurs bouteilles d'un vin recommandé par son âge et son cru. Bientôt, on n'entendit que le br«it des mâchoires remplissant leur office et le glou-glou du vin versé dans les gobelets.
i Avant de roupiller (dormir), dit Cardounet, je vous préparerai de ce thé de la Caravane, qu'on m'a donné à Kiachta, de ce thé... •
Tout à coup, une clameur sauvage retentit. Les voyageurs se regardèrent avec stupéfaction, mais avant qu'ils eussent fait un mouvement, avant qu'ils eussent pu se mettre sur la défensive, ils étaient entourés, saisis et garrottés par des hommes qui surgirent comme des bêtes fauves.
Dernghuiz était au milieu d'eux. Il les encourageait du geste et de la voix. Iwan de Kisselofî l'entendit répéter à plusieurs reprises :
ff J'étais le prisonnier de ces étrangers. En me ravissant la liberté, ils m'ont tout pris : mes chevaux, mes mulets, mes chameaux; je veux me venger, ces gens-là sont à moi !
— L'infâme ! murmura Iwan de Kisseloff. »
Et il informa ses compagnons de ce qui se passaif. Pickerreek et Cardounet juraient comme des possédés et invectivaient Dernghuiz en employant les expressions les moins polies de leur vocabulaire marin. Hélas! c'était tout ce qu'ils pouvaient faire !
L'équipage avait été surpris par un détachement