Chapitre IL
les rivières, les déserts, les lacs, les bras de mer sont franchis sans obstacles, sans effectuer le moindre détour. Messieurs, c'est un voyage de circumnavigation aérienne que nous allons entreprendre !
— En ballon 1 ça me connaît, interrompit Pickerreek ; lorsque les Prussiens assiégeaient Paris, je me suis embarqué dans une nacelle d'osier et j'ai passé sur leurs lignes.
— Ce n'est pas en ballon que nous voyagerons, ajouta Valdy; je ne vous donnerai pas des détails techniques sur l'appareil que j'ai inventé, mais je garantis le succès. Pour nous, la distance n'existera plus. Quand il nous plaira, nous ferons cinq cents lieues en un jour ! •
Comme on doit le penser, l'étonnement des assistants grandissait.
« Messieurs , continua Valdy , Tair n'oâre qu'une résistance insignifiante ; les courants qu'il contient seront mis à profit par nous ; alors notre rapidité normale doublera. On vous a souvent parlé de diverses ascensions, où, soixante, quatrevingts, et même cent kilomètres sont franchis dans une heure, par des ballons; eh bien, cette vitesse n'est rien, comparée à celle qu'atteint l'oiseau dans ses migrations. Les cailles, qui semblent si mal organisées pour le vol, traversent la Méditerrannée en huit heures; les hirondelles nous arrivent du Sénégal en deux ou trois jours ; un faucon appartenant à Henri III, qui s'était échappé dans la forêt de Fontainebleau, fut repris le lendemain
28 La Conquête de VAir,
dans rîle de Malte. Vous avez tous entendu parler de la rapidité des pigeons voyageurs, et maintenant je vais vous citer des faits appuyés par l'observation : Il y a quelques années (1854), on prit six hirondelles à Paris et on les transporta à Vienne (Autriche), où elles furjpnt rendues à la liberté à huit heures du matin. Deux étaient de retour à Paris à une heure de t après-midi^ la troisième à deux heures vingt minutes, une autre à quatre heures, enfin deux se perdirent en route. Trois cents lieues environ avaient été franchies en cinq heures !
t Certains rapaces ne donnent qu'un seul coup d'aile par seconde et avancent cependant avec une rapidité vertigineuse. Nous en trouvons la preuve dans un récit de la Nouvelle galette de Zurich du 26 août 1863, rapporté par le docteur Hoefer dans son ouvrage les Saisons : « Une société de « touristes, y est-il dit, partit de Coire pour faire « l'ascension du Stiitzerhon, qui a 2,576 mètres de « hauteur. Du sommet de cette montagne ils aper- <i curent un aigle énorme qui, ayant pris son vol « du Calanda, au delà du Rhin, se dirijgea vers « le Stiitzerhon pour aller, après une certaine « inflexion, se poser du côté du Rothorn. La « durée du vol était de cinq minutes ; l'intervalle « compris entre le point de départ et le point « d'arrivée a été estimé à deux lieues et demie. « L'aigle aurait donc parcouru un espace de 3,000 « pieds suisses en trois cents secondes, ce qui cora respond à une vitesse de 35*^,6 par seconde ».