Chapitre II
L'aigle dont il est question aurait parcouru près de 130 kilomètres par heure. Certains oiseaux de mer s'éloignent des côtes à des distances que les navires bons marcheurs ne franchissent qu'après plusieurs jours de navigation, et regagnent pourtant leur gîte chaque soir^
t Avec la vapeur, l'homme a supprimé, en partie, la distance, mais sa puissance n'a dominé que la terre et les océans. L'air n'est pas encore conquis. Le ballon n'a tenu aucune des promesses prédites par les esprits scientifiques de la fin du xviii® siècle. Je suis de l'avis de M. Babinet : la théorie de la direction des ballons est absurde, car cet appareil gonflé d'un gaz plus léger que l'air, dont la force ascensionnelle croît en raison de son volume et de la différence des densités, présente une surface si étendue que le moindre souffle, le plus petit zéphyr triomphera toujours des palettes, des roues à aubes, des hélices dont on le munira. « Comment faire résister et mat nœuvrer, disait M. Babinet, à l'association « polytechnique, contre les courants, des ballons « comme le Flesselles, par exemple, qui mesu- « rait I20 pieds de diamètre? Il faudrait une t force de quatre cents chevaux pour mettre en « lutte à peu près égale avec le vent une voile de « vaisseau. Supposez, ce qui est impossible, « qu'un ballon pût emporter avec lui une force « de quatre cents chevaux ; ce grand effort ne sert virait absolument à rien, car nous apprécions
I La frégate est souvent rencontrée à plus de 400 lieues en mer.
jo La Conquête de VAir.
i tout de suite que, sous cette pression, votre f ballon s'écraserait dans sa fragile enveloppe, t Supposez tous les chevaux d'un régiment atta- « chés par une corde à la nacelle d'un ballon, « vous obtiendrez pour tout résultat de voir voler t en éclats votre ballon. »
« Le problème de la navigation aérienne ne pouvant être résolu par le ballon, je l'ai cherché ailleurs. Pendant la malheureuse guerre que ma patrie soutint contre la Prusse, une foule d'inventeurs surgit; ils proposèrent les moteurs les plus ridicules, les moyens les plus excentriques pour faciliter la locomotion dans Tatmosphère. Moi, je me battais et remplissais mes devoirs de volontaire; le soir venu, ou bien pendant la faction de nuit, je pensais et réfléchissais profondément. Je reconnus que tous les projets dont étaient remplis les journaux ne supportaient pas un examen sérieux, et que l'homme ne s'élèverait et ne se dirigerait dans les airs qu'après avoir trouvé un moteur réunissant une très-grande puissance à une extrême légèreté.
« Plusieurs personnes ont proposé la vapeur; parmi elles, je remarque spécialement MM. Gitfard et Crocé-Spinelli. M. GifFard, lors de sa célèbre expérience du 22 septembre 1852, s'éleva dans les airs avec une machine à vapeur légère et savamment construite, mais la machine reposait dans la nacelle. Si, malheureusement, la force motrice employée eût entraîné rapidement le ballon, la perte de M. GifFard était inévitable, par