‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 156 sur 234 · Chapitre XVI · texte numérisé non relu

Chapitre XVI

prendront notre ami pour un djinn. Jamais un musulman ne portera la main sur un djinn.

— Puisses-tu dire vrai. •

Ensuite, chacun voulut connaître les subterfuges employés par Dernghuiz pour mener à bonne fin son œuvre de délivrance. Le brave serviteur raconta sqs feintes, ses ruses, ses discours. Iwan de Kisselof traduisit immédiatement son récit.

€ Maître, ajouta Dernghuiz, pourquoi as-tu douté de ton esclave ? N'ai-je pas toujours été fidèle et dévoué?

— Dernghuiz, pardonne-moi. Tu n'es plus mon serviteur, tu es mon ami. Tout ce qu'il te plaira de me demander, argent ou terres, je te l'iaccorderai.

— Garde tes terres, garde ton argent. Mes besoins sont insignifiants et je veux toujours rester avec toi. Ton amitié me suffit.

— Ton cœur est vaillant et généreux, Dernghuiz, je serai plus qu'un ami, je serai ton frère.

— Maître, demande à la dame si elle me pardonne de l'avoir rudoyée et de l'avoir attachée. En agissant ainsi, je lui ai peut-être saxivé l'honneur et la vie. •

Le Russe transmit la requête de son serviteur à M"® Valdy. — Celle-ci vint aussitôt lui presser les mains avec effusion; Valdy, Simpson, Will Tooke et Cardounet en firent autant.

Pour éviter une nouvelle surprise, les voyageurs

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s'armèrent et veillèrent jusqu'au matin. Seule, M"' Valdy prit un peu de repos, repos bien nécessaire après tant d'émotions.

Enfin, le jour parut; le soleil dissipa les brouillards ; la plaine immense se déroula comme une mer.* Quelques ruisseaux et quelques lacs desséchés en partie rompaient seuls la monotonie de la vaste solitude. Le Céleste s'éleva et Valdy le guida vers le campement des Tatars. Ceux-ci avaient disparu. Des bouteilles brisées, les débris du repas, le bicarbonate de soude foulé aux pieds, les déjections des chevaux et des chameaux indiquaient le lieu de la halte. Demghuiz examina soigneusement le terrain, regarda attentivement l'empreinte laissée çà et là par les animaux, suivit, en un mot, la piste et annonça avec certitiude que la caravane s'était dirigée vers le nord. L'aéronef monta à i,ooo mètres, les voyageurs braquèrent les lunettes sur tous les points de l'horizon. — Entre deux plis de terrain, Will Tooke distingua une réunion de bêtes de somme et d'hommes marchant en désordre, mais il ne sut reconnaître si c'étaient les ennemis de la veille. Pernghuiz, lui, ne se trompa point.

€ Eux! eux! • cria-t-il à diverses reprises.

Le Céleste fondit sur la troupe et l'atteignit en moins de cinq minutes. Les Tatars, surpris et terrifiés, s'arrêtèrent. Iwan de Kîsseloff et Will Tooke eurent bien l'envie de prendre leur revanche et de leur envoyer quelques balles, mais Dernghuiz les en dissuada.

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