Chapitre XVL
• Arrêtons-nous, dit-il, je ramènerai Pick sans que nous ayons à répandre le sang. Vous surveillerez, c'est tout ce que j'exige de vous. »
L'aéronef s'abattit à 200 mètres de la caravane. Saisis d'effroi, les Tatars se prosternèrent et implorèrent dévotement la clémence divine.
€ Tas de Bédouins ! » cria une voix avec un mépris mêlé d'une certaine dose de narquoiserie.
C'était la voix de Pickerreek. Tous les voyageurs tressaillirent de joie. Dernghuiz se dirigea vers les pillards, et d'un ton impératif, demanda à parler au chef.
f Que veux-tu ? dit celui-ci tout effaré et tout tremblant.
— Ton prisonnier.
— Le voici. Nous ne lui avons fait aucun mal... Nous l'avons respecté...
— Vous avez agi sagement, car ma vengeance eût été terrible.
— Qui es-tu donc, toi qui nous abreuves du nectar du paradis et commandes sur la terre et daiils les airs^
-^ Je suis un serviteur du saint Prophète ; il m'a envoyé vers toi pour t'engager à quitter ta vie lie meurtres et de pillages. Repentez-vous tous et humiliez-vous, ou sinon, un terrible châtiment vous attend! i
Les Tatars se prosternèrent avec les marques de la plus vive désolation et murmurèrent des prières.
^12 La Conquête àe l'Air,
Pendant ce temps , Dernghuiz et Pickerreek allèrent vers le Céleste et s'embarquèrent.
Nous ne parlerons pas des transports d'allégresse qui accueillirent le brave Pick. L'aéronef repartit à l'instant et vira de bord. Maintenant, il pouvait librement continuer sa marche.
« Quelle heure est-il? demanda Valdy.
— Huit heures.
— Nous avons perdu peu de temps. Si rien de fâcheux ne survient, nous arriverons aujourd'hui même, 28 septembre, à H'Lassa, et nous nous ravitaillerons abondamment en vivres, en bicarbonate de soude et en acide chlorhydrique. 1
Les voyageurs traversèrent rapidement les dernières plaines du Gobi, franchirent les monts Nan-Chan, la partie septentrionale du Khou- Khou-Noor, province chinoise qui doit son nom à un grand lac (mer Bleue), et s'élevèrent au-dessus des monts Baïn-Khara-Oula, dont plusieurs pics sont couverts d'une neige éternelle. A partir de ce point, ils durent se tenir à une altitude variant entre 3 et 4,000 mètres, 'car le plateau du Thibet sur lequel ils pénétraient présente une succession de chaînes qui s'étagent l'une derrière l'autre, comme les gradins d'un cirque gigantesque, jusqu'à l'Himalaya.
Cependant cette immense terrasse n'a point rélévation que lui attribuent certains géographes (4 à 5,500 mètres). On a confondu, sans doute, les plateaux avec les pics. Les calculs de M. de Humboldt ne l'évaluent qu'à 3,500 mètres, et,