Chapitre XVI
grands lacs, tels que le Bouka-Noor et le Tengri- Noor. Cependant les voyageurs ressentirent un peu d'oppression; leurs yeux se troublèrent et leur gorge se dessécha.
• Notre malaise va cesser, s écria Valdy, qui encourageait ses camarades; nous descendons.
J'aperçois HXassa, le but de notre course d'aujourd'hui. •
En ce moment, il se produisît un remou atmosphérique qui fit pirouetter le Céleste et le pencha d'une façon effrayante à bâbord.
Un cri s'échappa de toutes les poitrines...
Cardounet venait d'être précipité dans l'espace!
Ses ongles tracèrent un sillon sur les plaques de liège, ses mains cherchèrent convulsivement un point d'appui, mais elles ne rencontrèrent que le riflard rouge donné par Mary Silvër, et le riflard, n'étant retenu par rien, suivit le pauvre Cardounet dans sa chute!
fl Malheur sur nous ! s'écria Valdy.
— Cardounet! Cardounet! • répéta Pickerreek à plusieurs reprises.
Et le marin essuya les larmes qui coulaient sur son visage basané.
fl Si les Tatars m'avaient tué, continua-t-il d'une voix entrecoupée par ses sanglots, je ne serais pas témoin de la mort de mon ami ! Il eût mieux valu cela pour moi, car je n'y survivrai pas!
— Peut-être Cardounet n'est point mort, dit
3i8 La Conquête de l'Air,
Will Tooke; il a pu tomber dans une rivière, dans un lac, sur des hautes futaies qui auront amorti sa chute.
— Ah ! interrompit M™® Valdy, c'est un espoir que vous nous donnez, monsieur Will Tooke, et jY ai confiance.
— Dieu vous a protégés jusqu'ici , madame, ajouta Simpson, et, dans sa bonté infinie, il vous protégera encore ! »
L'aéronef planait déjà presque au-niessus de H'Lassa, mais il tourna sur lui-même, et Valdy le dirigea vers [l'endroit où était tombé Cardounet. Là, il s'abattit.
Pendant plus d'une heure, les voyageurs cherchèrent, appelèrent, crièrent, mais l'écho seul leur répondit. Nulle trace de Cardounet! pas même son cadavre!
« Il est mort et bien mort ! dit Pickerreek avec abattement.
— Et pourtant, nous ne trouvons pas son corps, répondit Iwan de KisselofF.
— Avant d'atteindre terre , il a parcouru au moins 3,000 mètres, et, dans sa chute, il se sera aplati ou bien se sera enfoncé dans quelque terrain mouvant, à moins que les aspérités des roches ne l'aient déchiqueté. »
On craignait que Pickerreek n'eût trop raison. Malheureusement toutes les probabilités étaient pour ses assertions. M"*® Valdy essaya de le consoler, mais la jeune femme avait autant besoin de consolations que le marin. Dernghuiz paraissait