Chapitre XVI
douloureusement affecté. Il aimait tant ses joyeux professeurs !
« Nos recherches sont inutiles, dit tristement Valdy; nous ne saurions rester plus longtemps ici. Prions pour la première victime de la navigation aérienne et puis nous partirons ! •
Les voyageurs s'agenouillèrent sur \e sol et • invoquèrent, en faveur de leur ami perdu, le Dieu de miséricorde et de bonté. Le Tout-Puissant dut certainement écouter les humbles supplications qui lui furent adressées, car jamais prière plus fervente ne s'échappa de lèvres mortelles !
Puis le Céleste reprit son essor et vint se poser sur la crête escarpée d'une montagne, à une lieue environ de H'Lassa, point culminant qui dominait la vallée du Tsang-Tsiou et ne permettait aucune surprise. Valdy consulta les renseignements fournis par le gouverneur de Kiachta et lut ce qui suit :
« Le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique sont sous la sauvegarde du chef de la caravane qui se forme dans le sud du désert de Gobi, à Ngan-si-Fan; — il doit remettre ces éléments chimiques à un fonctionnaire chinois, le chef des tardjoums (stations, postes sur les routes) qui réside à H'Lassa. D'après les indications que j'ai recueillies, la maison de ce fonctionnaire est facilement reconnaissable à son élévation, à son architecture plutôt chinoise que thibétaine, au poste de soldats chinois qui la garde. — Elle est située au nord de H'Lassa, sur la route conduisant à la
forteresse de Potolah, résidence du dalai-lama. Pour vous présenter chez le chef des tardjoums, agissez prudemment, prenez le costume du pays et montrez une feuille de papier couverte de caractères chinois que vous trouverez dans une poche du portefeuille. C'est une lettre du mandarin de Maï-maï-tchin. Sa dignité lui confère le droit de parler au nom de l'empereur de Chine et sa recommandation est toute-puissante. •
« Pourvu que la caravane soit arrivée à bon port, dit Will Tooke, nous trouverons facilement le bicarbonate et l'acide. Les renseignements du gouverneur russe sont d'une clarté et d'une précision remarquables.
— C'est vrai, répondit Valdy; mais il est inutile d'aller les chercher ce soir, car la nuit s'avance et H'Lassa me paraît être une ville assez grande pour qu'on s'y égare.
— Attendre est plus sage •, ajouta Iwan de KisselofF.
Les voyageurs trouvèrent quelques provisions échappées à la voracité des Tatars et mangèrent; mais leur repas fut triste. Malgré soi, chacun pensait à Cardounet qu'on ne verrait plus ! Pickerreek, les yeux humectés de larmes, dressa la tente, s'enveloppa dans ses couvertures et se coucha. Tout le monde l'imita.
Dans ces hautes régions, on n'entendait que la brise âpre et froide qui passait dans les fissures des rochers en gémissant. On eût dit des soupirs mêlés à des plaintes lugubres.