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chapitre XVII

Le 28 septembre, jour de Tarrivée du Céleste à H'Lassa et de la chute du Cardounet^ était le sixième jour de prières pour rélection d'uni nouveau dalaï-lama. Les principaux prêtres, informés de ce qui se passait, crurent fermement que Bouddha leur expédiait un être de son paradis, et ils résolurent de mettre à profit cette heureuse circonstance. Cardounet fut vêtu d'une robe de soie brodée d'or et d'argent, coiffé "d'un colossal bonnet et présenté au peuple qui l'acclama avec enthousiasme. Le lendemain, on le hissa sur un palanquin orné d'étoffes et de pierreries précieuses, on le promena dans les rues de H'Lassa, et tout le monde se prosterna avec ferveur sur son passage. C'était pendant cette promenade que Dernghuiz, sortant de la maison du chef des tardjoums, avait cru reconnaître son àmi.

Cependant, Cardounet était inquiet.

« Comment tout cela finira-t-il et quand serai-je délivré? pensait-il; je vois bien qu'on me prend pour le bon Dieu, puisqu'on se met à genoux devant moi, mais ça ne me va guère d'être le bon Dieu de ces gens-là! Et mes amis? Ils me croient mort! C'est pas l'embarras, j'ai fait un joli plongeon, et sans le parapluie du prédicateur américain, je m'aplatissais comme une morue ou un hareng desséchés depuis sept ans! Ce qui prouve qu'un bienfait n'est jamais perdu. J'ai protégé ce farceur de prédicateur contre ceux qui le houspillaient, et il m'a donné son riflard. Merci, riflard ! je te conserverai jusqu'à la fin de mes jours, et si

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tu te détraques, je te ferai remontera neuf. Qu'est devenu le Céleste? Pendant qu'on m'emmenait et que j'étais encore tout confondu de ce qui venait de m'arriver, je Tai vu repasser au-dessus de ma tète. Je suis certain que le capitaine voulait me donner une sépulture honnête, et queM"* Valdya récité un Pater et un c4ve à mon intention ! Bonnes gens! Et Pick? En voilà un qui doit me regretter! Je le regrettais bien, moi, quand ces fichues canailles de Tatars le détenaient prisonnier, et s'ils ne ravaient pas rendu, je les avalais. en salade. Mais nous espérions que Pick vivait, tandis que moi je suis mort pour lui... pour tous! Et depuis ce matin , on me promène comme le bœuf gras chez nous. J'en suis, au moins, à nota vingtième station. L'on m'encense, l'on me vénère, et je veux bien que le diable m'emporte si on ne m'adore pas un brin! Mais tout çà, ça ne vaut pas nos courses rapides dans les airs... Mes amis, mes bons amis, si vous saviez que j'existe encore, vous veilleriez sur moi et viendriez à mon secours!... Mes amis, ne vous reverrai-je donc plus?... j

Cardounet sentit ses yeux se gonfler de larmes, et il inclina sa tête sur la poitrine !

Tout à coup, on entendit des cris d'allégresse et des trépignements frénétiques. Le dalaï - lama était nommé et son cortège fastueux sortait de la forteresse de Potolah. La nouvelle incarnation de Bouddha était un enfant assez^ gentil, âgé de cinq à six ans. Le pauvre petit, élevé sur un pa-

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