Chapitre XVII
de mes maîtres, je te promets cent pièces d'or.
— Tes maîtres confirmeront-ils ta promesse?
— Oui.
— Il faut que je prévienne le gouverneur, le yan-wang, le techou-lama^ et les principaux lamas. Prends patience, je compte t'apporter une bonne nouvelle.
— J'oubliais de t'annoncer, reprit Dernghuiz, que si nous mourons, une vengeance effroyable suivra de près notre meurtre. Dans les airs, nos amis sont invincibles et ils répandront la terreur dans la cité et toute la contrée qui Tentoure. Les lamas et les grands seront leurs premières victimes. Maintenant, va! »
. Cette dernière menace produisit son effet. Si brave que l'on soit, comment lutter contre des êtres insaisissables sur la terre ?
Le chef des tardjoums disparut et répandit sur sa route les propositions faites par les prisonniers. La foule se calma et ne fit plus entendre ses cris et ses imprécations. Le représentant de Bouddha allait lui être rendu !
Après une absence d'une heure, le mandarin reparut. Il était libre d'agir comme il l'entendrait pourvu qu'il ramenât le . dalaï-lama parmi ses fidèles désolés. Il prit dix soldats, se fit suivre des prisonniers et se rendit avec eux au lieu de l'enlèvement.
I. Le Techou-Iama , nommé aussi Band-sin-Erdeni, vient après le dalaï-lama dans la hiérarchie religieuse du bouddhisme.
340 I^a Conquête de l'Air.
Cardounet et Iwan de Kisseloff regardèrent le ciel bleu, mais ils ne virent rien. Le chef des tardjoums tremblait déjà pour les cent pièces d'or.
• Je vais les faire venir dit Cardounet ; qu'on m'apporte une longue perche et trois moroeaiuc d'étofle assez grands, Tun bleu, l'autre blanc et le troisième rouge. »
Dernghuiz transmit la demande de Cardounet au mandarin. Celui-ci se dépouilla de son surtout bleu, Iwan de KisselofF offi-it son mouchoir, et enfin, un soldat donna une écharpe rougeâtre. Cardounet, avec un bout de ficelle réunît les trois objets, les attacha à la perche et la dressa*
• Ça, dit-il, c'est les couleurs de la France, Pick les distinguerait du fin fond de Tatmosphère; pour lui, c'est la patrie, c'est les amis, c'est Tes* pérance!...
— J'aperçois le Céleste! cn^, Iwan de Kisseloff.
— Vient-il vers nous?
— Oui.
— Eh bien, que vous disais-je? »
En effet, l'aéronef approchait avec une étonnante rapidité. Il évolua quelque peu et passa au-dessus de la perche.
• Descendez à terre, cria Cardounet en faisant un porte-^voix de ses deux mains, descendez, il n'y a plus de danger, nous sommes sauvés ! •
Le Céleste s'abattit à cinquante pas du groupe formé par les prisonniers, les soldats et le chef des tardjoums.