Chapitre XVI IL
Mogol Akbard, et Gouâlior (60,000 habitants), Tune des plus fortes places de THindoustan.
Les voyageurs remarquèrent la .végétation éclatante, variée, magnifique de ce riche pays. Seul, Méry a su décrire cette nature exubérante, vivace, radieuse. Les paysages sont grandioses, et les forêts , avec leurs essences précieuses , ont la majesté de celles du nouveau monde. Autour des villes et dans les plaines, la grande culture progresse de jour en jour et présente d'immenses terrains où croissent les céréales, l'indigo, le coton, le pavot, le ricin, la moutarde, le bétel, le curcuma, le carthame, le bananier, etc., etc.
Le Céleste traversa ensuite une région de plateaux, sorte de lande entremêlée de jungles, franchit les monts Arawalli et arriva à Adjimir.
Il n'était que cinq heures du soir lorsque Taéronef s'abattit à côté de [cette ville. Les premiers habitants qui l'apçrçurent poussèrent des cris de frayeur et vinrent, en toute hâte, prévenir la garnison anglaise, en annonçant qu'un monstre gigantesque allait porter la désolation et la mort dans la cité.
Les officiers et le gouverneur s'émurent de cette nouvelle, firent prendre ks armes à un détachement de soldats et s'avancèrent vers le lieu où reposait le Céleste. Mais quand ils virent Georges Simpson venant à leur rencontre avec une placidité et un flegme tout britanniques, ils rirent de leur méprise et accueillirent avec déférence les voyageurs aériens.
« Je VOUS l'avoue sans détours, dit le gouverneur de TAdjimir à Simpson , vous nous avez épouvantés. Je n'ai guère ajouté foi aux rumeurs de ceux gui m'ont assuré que nous avions à combattre un animal fabuleux, mais j'ai cru à une attaque de nos turbulents administrés, les Radjepoutes.
— Je croyais que les Radjepoutes étaient entièrement soumis, dit Valdy.
— Hum! hum! fit le gouverneur; ils nous sont soumis tant que nous les surveillons; mais s'ils pensaient que notre vigilance fût un seul instant en défaut, une insurrection formidable éclaterait. Quoi qu'il en soit, messieurs, j*espère que vous accepterez la cordiale hospitalité que je vous offre, et je pense que je n'aurai point besoin de rentrer en campagne tant qu'il vous plaira de séjourner ici.
— Milord, dit M'"® Valdy, nous vous devons une réparation. Disposez de nous. »
Le gouverneur fit garder l'aéronef par un poste de soldats , présenta galamment son bras à M"** Valdy et pénétra dans la ville, suivi des voyageurs et d'une foule nombreuse attirée par la curiosité.
Adjimir, la capitale de l'État du même nom, a 30,000 habitants environ. Elle appartenait autrefois aux Mahrattes, qui la cédèrent aux Anglais en 1817, après une lutte longue et sanglante. Elle n'a rien de remarquable, sauf le tomteau d'un saint musulman, visité par une multitude de pèle-
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vins. Située sur la pente septentrionale des monts Arawalli, elle est à une altitude assez élevée pour éprouver des hivers rigoureux. Sa position lui permet de dominer et de surveiller les plateaux qui s'étendent depuis le Marwar jusqu'au Sindhy.
Le gouverneur de l'Adjimir mit tout en œuvre pour être agréable à ses hôtes. Il les traita avec ce luxe qui a fait la réputation des nababs deTInde et donna, en leur honneur, une soirée où il convia les principaux chefs radjepoutes dépendants de son gouvernement. La salle de réception avait un aspect féerique. Des guirlandes de fleurs, des massifs de verdure sur lesquels se détachaient d'énormes bouquets de roses de Kachemyr, tapissaient les murailles et embaumaient l'atmosphère; la lumière des lustrés, étincelait, des glaces richement encadrées la reflétaient en tous sens. Ça et là, sous les branches d^orangers et de cédrats chargées de leurs fruits dorés, de moelleux coussins, des tapis ornés de dessins fantaisistes permets talent aux invités de se reposer. Les chefs radjepoutes, avec leurs brillants costumes indigènes, leurs turbans surmontés d'aigrettes scintillantes, leurs vestes; brodées d'or, leurs châles éclatants et du plus fin tissu, leurs ceintures soyeuses, leurs poignards enrichis de pierreries, semblaient être les fleurs animées de cet Éden en miniature.
Dernghuiz, Pickerreek et Cardounet étaient véritablement énjerveillés. .
La fête se prolongea assez avant dans la nuit et
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les voyageurs se couchèrent un peu tard; mais le lendemain, ils étaient sur pied de bonne heure, remerciaient le gouverneur de sa splendide hospitalité et s'embarquaient au milieu d'une énorme afBuence de curieux.
Le Céleste suivit le cours du Louny, fleuve qui sort des monts Arawalli et va se perdre dans les runns (marais) formés par le golfe de Kotch, passa à côté de Djoudpour , grande \dlle de 150,000 âmes, et s'engagea au-dessus delà pointe méridionale de ce désert salé qui du Sindhy s'étend jusqu'au Penjab et porte les différents noms de désert Indien, de Thurr, de Maroust- Hali, etc. Il put alors s'approcher à 300 mètres du sol et avancer sans encombre.
f C'est aujourd'hui le i" octobre, dit Valdy, il nous reste onze jours pour arriver en France.
— C'est ma dernière étape aérienne, interrompit Simpson.
— Vous ne voulez pas nous accompagner en Europe ?
— Non. J'attendais d'être arrivé dans un port de mer pour me mettre à la disposition de Tamirauté. Ce soir, nous serons à Kouratchi, et je ne puis aller plus loin sans manquer à mes devoirs. Je vous remercierai de vos soins, de votre amitié et garderai une éternelle reconnaissance des services que vous m'avez rendus. Je vous dois la vie, et...
— Ne parlez point de cela, monsieur Simpson, vous avez généreusement payé votre dette. Sans votre admirable dévouement à H'Lassa, Cardou-