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Chapitre XVI IL

net, Dernghuizet M. de KisselofF seraient devenus les victimes des Thibétains.

— Je ne peux retirer aucun mérite de mon action, car vous et vos compagnons, vous vous seriez dévoués pour les sauver.

— C'est vrai, mais l'idée d'enlever le dalaïlama nous serait-elle venue? •

Simpson sourit; puis il reprit d'un ton sérieux: f Monsieur Valdy, parlez-moi franchement et

sans détours, pensez-vous que M. de KisselofF soit

toujours mon ennemi?

— J'ai remarqué une chose : M. de Kisseloft ne médit plus des Anglais depuis H'Lassa.

. — Par convenance, peut-être...

— Non, par reconnaissance.

— Cependant, il m'évite, et, vis-à-vis de moi, il affecte une froideur blessante.

— En lui, il se livre un dernier combat; mais sa générosité naturelle l'emportera sur la haine. 11 est le plus jeune de nous tous, et vous savez combien il est pénible à la jeunesse d'être raisonnable quand l'amour-propre et la vanité sont en jeu; en compensation, la jeunesse tient en éveil ces nobles sentiments du cœur qui commandent le pardon des injures et la gratitude. Or, M. de Kisseloff est homme d'honneur, et je crois qu'il vous tendra la main avant que vous ne nous quittiez.

— Dieu vous entende! »

Le Céleste continuait sa course rapide ; les voyageurs distinguaient parfaitement la contrée sur laquelle ils passaient. Ils rencontrèrent quelques

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misérables bourgades habitées par des djâts (cultivateurs), quelques campements de Béloutchis, faibles débris de la race dominante avant la conquête du Sindhy par les Anglais. Vers deux heures de l'après-midi, ils aperçurent des flaques d'eau bordées de plantes aquatiques, d'herbes hautes assez serrées parfois pour former des jungles pareilles à celles du Téraï.

t Nous approchons de l'Indus, s'écria Valdy.

— Où connaissez-vous cela, capitaine? demanda Cardounet.

— Aux mares qui sont sous nos gieds. Comme le Nil et le Gange, l'Indus a des crues périodiques qui inondent les pays voisins. Les inondations commencent avec la fonte des neiges de THimalaya, dans les mois d'avril et de mai, parviennent, en juillet, à leur point extrême d'élévation, et se terminent dans le courant de septembre. Il n'y a pas quinze jours que le fleuve est rentré dans son lit. Cependant, ce n'est pas la branche principale de l'Indus que nous allons rencontrer, elle est encore éloignée d'une centaine de kilomètres, mais un bras secondaire, sorte de large fossé qui arrose le centre du Sindhy sur un espace de 50 myriamètres et vient rejoindre le fleuve dans le delta, tout près de la mer d'Oman. »

A peine Valdy terminait-il son explication, qu'on entendit des coups de fusil et des cris aigus.

f Sommes -nous attaqués? demanda Pickerreek. »

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Georges Simpson prit la lunette et regarda sur la terre.

«Personne ne nous menace, dit-il; on chasse le tigre ou le lion du Guzerate, les deux plus terribles féliens de la contrée que nous traversons.

— Puisque nous avons du temps devant nous, car en moins de deux heures nous serons à Kouratchi, nous pouvons examiner la chasse de près. »

Le Céleste vira de bord et s'abattit dans la plaine, à une courte distance d'un groupe d'hommes qui examinaienl^^cette manœuvre avec effroi.

« Ne craignez rien, cria Georges Simpson en anglais, nous sommes des amis. »

Plusieurs chasseurs s'approchèrent. C'étaient des Béloutchis et des Hindous, mais, parmi eux, il se trouvait trois Anglais qui regardèrent l'aéronef avec surprise et lièrent conversation avec les voyageurs.

c Quel animal chassez-vous, messieurs Memanda WillTooke.

— Le tigre, répondit l'un d'eux, ou plutôt, deux tigres. Nous étions à Haïder-Abad quand nous apprîmes qu'une paire de ces animaux exerçait ses ravages dans cette région. Nous résolûmes de les poursuivre. Mais, jusqu'ici, tous nos efforts ont été infructueux, et les indigènes, terrifiés, osent à peine sortir de chez eux. Nos tigres ne se sont pas contentés d'enlever des bœufs, des chevaux, des moutons, ils ont tué une demi-douzaine de

personnes et les ont dévorées. Aujourd'hui, des djàts nous les ont signalés tout près d'ici, et nous espérons que ces carnassiers feront connaissance avec nos chevrotines.

— Messieurs , interrompit Will Tooke, nous permettez -vous d'être des vôtres?

— Avec plaisir; on n'est jamais trop pour chasser ce gibier. »

Il fut convenu que Pickerreek, Cardounet et Dernghuiz resteraient sur le Céleste^ en compagnie de M"® Valdy. Will Tooke, Iwan de Kisseloff, Simpson et Valdy s'armèrent et se joignirent aux chasseurs. L'Anglais qui avait répondu aux voyageurs, et qu'on appelait John Berley, fut chargé de la direction générale de la chasse. John Berley était un Nemrod distingué. Il avait tué plus de • vingt féliens, tigres, panthères ou lions, et hasardé souvent sa vie dans les périlleuses rencontres qu'il recherchait avec passion. Son expérience n'était point à dédaigner.

Les tigres s'étaient réfugiés dans un taillis épais qu'on apercevait à une distance de 1,500 mètres environ, et que l'inondation de l'Indus avait momentanément transformé en marécage couvert de hautes herbes et de joncs. Les Béloutchis se rangèrent derrière les chasseurs, et ceux-ci se dirigèrent vers le taillis. Il ne fallait point songer à pénétrer isolément dans le fourré, car son épaisseur pouvait permettre aux animaux de surgir à l'improviste. Du reste, la vase gênait la marche. Berley observa attentivement les traces des tigres

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