chapitre XVIII
et indiqua la direction à suivre. A s^s côtés se tenaient Will Tooke, Simpson, Valdy, Kisseloff, et, derrière eux, des Hindous avec des armes de rechange toutes chargées. Les deux autres Anglais formaient Tarrière- garde avec plusieurs indigènes.
Pour faire lever les tigres, les Béloutchis hurlaient comme des forcenés et jetaient des pierres dans la jungle, mais ces provocations ne paraissaient guère émouvoir les animaux, car aucun d'eux ne se montrait. Tout à coup, on entendit un rugissement et un cri de douleur. Un tigre venait de s'élancer sur un Hindou qui s'était écarté de quelques pas et lui labourait le corps de ses griffes puissantes.
€ Feu ! feu ! » cria Berley.
Chacun déchargea sonarme. Aussitôt lafuméedissipée, Berley s'avança seul en tenant sa carabine en joue pour tirer son dernier coup ; mais, devant lui, il ne vit que le cadavre déchiré et défiguré de THindou. Le tigre avait disparu. Il devait être blessé cependant, car, à trois reprises, ses hurlements retentirent en s'affaiblissant. Les chasseurs le poursuivirent; ils pénétrèrent plus avant dans le fourré et s'arrêtèrent dans une petite clairière. Soudain un rugissement furieux se fit entendre. Le tigre était à quinze pas, le corps ramassé, accroupi sur ses jambes, prêt à bondir! Plus impatient que prudent, Iwan de Kisseloff tira... Le félien s'élança sur lui et le renversa... Avant qu'il eût le temps d'enfoncer ses griffes dans le corps du Russe,
^<o /-• Conquête de VAir^
Georges Simpson s'a\-ança et déchargea à bout portant les deux coups de sa carabine. L'animal roula sur sa \ictime: il était mort. Iwan de Kisseloff fut dégagé : il n'arat que des contusions insignifiantes. Après un premier instant de stupeur bien compréhensible en pareil cas, il demanda quel était le hardi chasseur qui l'avait si heureusement délivré.
f C'est M. Georges Simpson •, répondit Valdy.
Le Russe s'avança vers le lieutenant.
■ Monsieur Simpson, lui dît-il, voulez-vous oublier les motifs de ma rancune, les insolentes paroles que j'ai prononcées à Karakorum et me compter au nombre de vos amis^ »
Georges Simpson se jeta dans les bras d'Iwan de KisselofF.
t Ah! Monsieur le comte, s'écria-t-il, vous me rendez le plus heureux des hommes ! J'ai longtemps déploré les causes qui ont amené nôtre duel, cette coutume barbare, indigne de gens de cœur, et qui choisit indifféremment ses victimes parmi les offensés ou les offensants. L'ivresse de la colère n'est point du courage, et il y a plus de mérite pour vous d'être un des premiers pionniers deTair que de tuer ou de blesser légalement les personnes qui douteraient de votre bravoure.
— Monsieur Simpson, répliqua Iwan de KisselofF, soyez assuré que je n'oublierai jamais les services que vous m'avez rendus, et que je me conduirai selon les nobles préceptes que vous savez si bien mettre en pratique. >