Chapitre XVIII
elle d'un élan prodigieux. Poussé par la faim, il est d'une audace extraordinaire, et on Ta vu, en plein midi, pénétrer dans les villages pour y chercher une proie humaine. Quelquefois il s'est attaqué à des détachements de voyageurs et de troupes. Les traînards deviennent souvent sts victimes. Buchanan affirme qu'en moins de deux années, ces carnassiers ont tué quatre-vingts personnes dans un seul village. Forbes ajoute qu'en une seule nuit ils dévorèrent trois sentinelles parfaitement armées et que les courriers chargés de porter les dépêches sont souvent enlevés, quoiqu'ils soient toujours réunis cinq ou six ensemble. Dans le Guzerate, au passage de la rivière Gumeah, pendant quinze nuits de suite ils firent disparaître des facteurs. Au dçfilé de Kutkum-Sandhi, une seule tigresse égorgea chaque jour plusieurs personnes. Cela dura plus de trois mois; elle avait intercepté toute espèce de relations.
— Peste ! dit Valdy, les Indes ne sont pas un pays de cocagne, comme le prétendent certains voyageurs.
— Oh! continua John Berley en souriant modestement, les chasseurs anglais, moins timorés que les Hindous, ont arrêté les méfaits des tigres. Le gouvernement accorde dix roupies pour chaque tête du dangereux animal, et, certaines années, les sommes ainsi distribuées se chiffrent par des milliers de livres sterling. Les chefs indiens chassent le tigre avec des éléphants dressés; les
3^4 La Conduite de VAir,
riches Anglais les imitent, mais leurs chasses ne sont pas aussi fructueuses que celles que les amateurs (j'en suis un) entreprennent isolément. Le lieutenant Rice, en quatre années, a tué soixantehuit tigres, trois panthères et vingt -cinq ours. Pendant sa vie, le juge Henri Ramus a tué trois cent soixante tigres. Vous voyez , messieurs , que THindoustan peut opposer de dignes émules aux Bombonnel et aux Jules Gérard, i
Tout en causant, les trois hommes arrivèrent à Taéronef. Berley se munit de pierres de la grosseur d'un œuf, et tout le monde s'embarqua. En un clin d'oeil, le Céleste fut au-dessus du taillis. Là, il descendit à 50 mètres de terre et avança avec lenteur; il semblait planer. On ne donnait un coup d'aile que toutes les cinq secondes. John Berley enthousiasmé oubliait complètement la chasse, et Iwan de Kisseloff lui rappela qu'un tigre séjournait dans le fourré.
Enfin on aperçut l'animal. Il était accroupi et observait avec fixité cet objet nouveau qui passait au-dessus de lui ; il paraissait saisi de terreur. On le vit se glisser en rampant dans les herbes et s'arrêter parfois pour examiner avec inquiétude s'il ne trouvait un repaire, un trou où il pût se cacher.
f Décidément, dit Berley, le tigre tsX épouvanté. Il y aurait peu d'honneur pour nous de le tuer au gîte; il faut le lancer. »
Et il lui jeta quelques pierres. La bête fauve rugit, mais son rugissement avait quelque chose