Chapitre XIX
Les voyageurs regardaient avec étonnement ce qui se passait. Par un hasard providentiel, personne n'était blessé. M™* Valdy avaft bravement déchargé les six coups d'un revolver sur les assaillants.
• Eh bien, dit sir Walter revenu un peu de sa surprise, voilà un secours qui nous est arrivé à propos.
— Vous trouvez? demanda un honime qui apparut escorté par une dizaine de marins anglais, j'en suis bien aise pour vous et pour moi, sir Walter Donderry.
— Vous me connaissez ?
— Qui ne connaît sir Walter Donderry depuis qu'il a écrit dans le Times cette fameuse lettre qui préconisait la navigation aérienne >
. — Cette lettre a donc fait le tour du monde?
— Ne vous en plaignez pas ; aujourd'hui elle contribue à vous sauver.
— Tant mieux. Pour tous les ennuis qu'elle m'a causés, elle me devait cette réparation. Pourrais-je savoir à qui j'ai l'honneur de parler?
— Au Commodore commandant la croisière anglaise du golfe Persique. •
. En ce moment deux chaloupes à vapeur arrivèrent à l'endroit où avaient débarqué les pirates. Le Commodore s'en approcha pour donner des ordres.
• Nous passerons la nuit ici, dît-il; la moitié de l'équipage de chaque chaloupe descendra à terre avec des armes et des munitions. Toutes les
^8a La Conquête de VAir,
heures, une chaloupe explorera les environs de rîlot sous la surveillance d'un officier. S'il survient quelque chose de nouveau, on me préviendra. »
Huit cadavres gisaient à terre, et quatre ou cinq pirates blessés gémissaient.
• Embarquez les blessés, reprit le commodoîe, nous les remettrons demain aux autorités persanes, et leur compte sera bientôt réglé. Quant aux morts, jetez-les à la mer; le ventre des requins leur servira de tombe. »
De la part des voyageurs, le commodore reçut toutes les marques d'une. profonde reconnaissance et s'empressa de satisfaire leur curiosité!!
— Aussitôt que vous avez eu quitté les environs de Bender-Abassi , dit-il, la nouvelle de votre passage s'est répandue et a produit une sensation extraordinaire. Européens, Persans, Arabes, Guèbres ne s'abordaient qu'en parlant de roiseau aux ailes gigantesques qu ils avaient entrevu dans le ciel. Les uns étaient épouvantés et annonçaient les plus grandes calamités, les autres ne croyaient qu'à une illusion d'optique. Cependant il régnait une inquiétude, une appréhension vagues comme si on eût redouté quelque catastrophe imprévue. Ma frégate était à l'ancre dans le port de Bender- Abassi. Le consul vint me trouver et me raconta ce qu'il savait. Je partageai son admiration et le blâmai de ne point m'avoir prévenu, t Mais où sont allés ces vaillants voyageurs? demandai-je.— S'ils ont suivi mes conseils, répondit le consul, ils