‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 195 sur 234 · Chapitre XIX · texte numérisé non relu

Chapitre XIX

— Vilain n'est pas le mot, mais en certaines parties il est un des moins agréables à parcourir.

— Racontez-nous ce qui vous a le plus frappé, dit Will Tooke. Puisque cette maudite chaleur nous empêche de nous rapprocher du sol, votre récit suppléera à ce que nous aurions vu.

— Monsieur Will Tooke, reprit sir Walter, c'est précisément la chaleur qui m'a gâté TArabie et... mon expédition. Cette contrée forme une presqu'île rectangulaire s'étendant de 12 degrés 30 minutes à 34 degrés latitude N., de 30 degrés 15 minutes à 57 degrés 30 minutes long. E. Elle est donc en grande partie dans la zone torride, et il ne faut plus s'étonner si la chaleur y est si forte. A Moka, qui se trouve ^vl bord de la mer, le thermomètre monte souvent à 55 degrés centigrades. Lorsque le samoun souffle, c'est du feu que Ton respire, pour me servir des expressions de notre ami Cardounet; il brûle tout sur son passage et contribue, trop souvent, à répandre le choléra et la peste. Dans les déserts, il soulève impétueusement des grains de sable d'une ténuité extrême et engloutit les caravanes. Le Dahna est le désert le plus effrayant et le plus horrible qui soit sur terre. A côté, le Sahara et le Thurr sont de véritables jardins. Partout l'œil ne découvre que d'immenses étendues sablonneuses, avec des crevasses gigantesques, des gouffres profonds comme ceux de la mer. Nulle part il n^existe trace d'humidité, de vie animale et végé-

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taie. C'est ie chaos et son époarajitable dèsoUlion. La sécheresse est une conséquence de la chaleur, el l'eau manque presque partout. Il n'/a pu de rivières; de maigres ruisseaux se rencontrent sur les côtes. Quand les pluies tombent, elles sont aussitôt absorbées par le sol friable, et cette absorption crce un phénomène curieux. Les eaui se rassemblenl sous terre el forment de vérilabîes rivières souterraines. Ainsi l'on a reconnu l'exislencede \'Oucd-Roumen.<{\i.\ traverse presque lou le l'Arabie du nord au sud sur une longueur de 1,300 kilomètres. Les Arabes atteignent ces eaiii en creusant des puits de loin en loin. »

Sir Waller Donderry fut interrompu dans son explication par un bruit affaibli, une sorte de crépitation provenant des couches inférieures de l'atmosphère.

> Bigre I il y a quelque chose qui cloche sous nos pieds «, exclama Pickerreek,

Le Céleste descendit, et l'on aperçut distinctement sept à huit cents hommes qui se ruaient les uns sur les autres. C'était une bataille, une véritable bataille de barbares. Quelques guerriers seulement étaient munis d'armes à feu, les autres comballaient avec des lances, des sabres, des matraques (bâtons). L'on entendait les cris de guerre, les hurlements des blessés, les gémissements des mourants, les imprécations des vaincus, les insultes des vainqueurs. La mêlée sanglante se continuait avec un tel acharnement que personne ne remarqua l'aéronef.

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