CHAPITRE XX
Aden. — La mer Rouge. >— Le drapeau de la patrie. — Zoulla. — Souakim. — Les caravanes. — Marakah. — Le pacha du Dongolah. — Une réponse fière. — Un raisonnement sceptique. — Argo, Assouan et Éléptaantine. — Les villes de TÉgypte. — La vallée du Nil.
Le 4 octobre, après une nuit tranquille, nos voyageurs guidèrent le Céleste vers la côte. La température, rafraîchie par les brises de la mer, était supportable. Quoique rappelant la nature du sol africain, le littoral arabique (Hadramaout) présentait plusieurs points fertiles et cultivés. Des touffes de palmiers, de figuiers, d'oliviers, de bananiers, d'aloès, se détachaient sur la terre calcinée, et leur verdure, légèrement grisâtre, égayait la vue. Dans le lointain on aperçut les îles Kauria-Mouria, aux Anglais depuis 1857, fournissant beaucoup de guano, puis quelques petits ports : Morebat, Djaffar, Kechin, Raïdah, Sihout, Makallah, Haurah à l'embouchure du Chabb, le principal ruisseau du Yémen.
Plusieurs fois les tribus disséminées sur ce vaste territoire parurent saisies d'épouvante, en voyant l'aéronef avancer à tire-d'aile vers leurs douars; les Arabes les plus intrépides firent « parler la
poudre > et tirèrent en Tair, mais les balles lancées par de mauvais fusils à pierre dépassèrent rarement une hauteur de 150 mètres.
Enfin on distingua des navires et des barques bercés sur les flots bleus de la mer, allant dans diverses directions, mais annonçant, par leur nombre, le voisinage d'un pori important. En effet, on vit bientôt la baie de Steamer-Point et Aden.
Il était quatre heures de l'après-midi. Depuis le matin, le Céleste avait franchi 1,200 kilomètres.
L'aéronef s^abattit sur le bord de la mer, à deux encablures des fortifications de la ville. Immédiatement, il fut entouré d'une foule compacte et des plus hétérogènes : il y avait des Arabes, des Juifs, des Parsis, des Égyptiens, des Somanlis, des Européens. Le gouverneur d'Aden vint recevoir les voyageurs, confia la garde du Céleste à un poste de soldats, et tout le monde pénétra dans Tinexpugnable cité, le Gibraltar de TArabie.
Aden, située par 12 degrés 43 minutes de latitude N. et 42 degrés 52 minutes de longitude E., appartient aux Anglais depuis le 11 janvier 1839. Ils en ont fait une des plus fortes places de guerre qui soient au monde. Elle est entourée de collines arides hérissées de roches d'origine volcanique. Son port, ou plutôt la rade de Steamer-Point qui Tavoisine, est le rendez-vous des paquebots, des steamers de l'Inde, de la Chine, des îles Mascareignes, qui font escale pour renouveler leurs provisions de combustible. A part le commerce