Chapitre IL
vermeille, la porte à ses lèvres avec précaution et la savoure avec cette déjectation qui n'appartient qu'aux gourmets ou aux ivrognes émérites. •
Dernghuiz sourit et disparut. 11 revint au bout de quelques instants en apportant plusieurs bouteilles d'un Saint-Emilion recommandé par son âge et par son cru.
« Bon ! dit Cardounet , nous ferons quelque chose de notre nouveau camarade. »
Les bouteilles furent débouchées, et chacun but au succès du futur voyage. Les toasts se renouvelèrent souvent; aussi, quand vint Theure de se séparer, les yeux de Pickerreek et de Cardounet brillaient comme des escarboucles.
Lorsque Valdy eut congédié ses amis, un garçon frappa doucement à la porte et entra d'un air mystérieux.
« Monsieur, demanda-t-il , vous êtes bien monsieur Marcel Valdy ?
— Oui.
— Une femme qui attend depuis quelques instants désire vous parler.
— Une femme !
— Oui , monsieur. Une femme, accompagnée d'une servante et qui a retenu un appartement pendant que Monsieur buvait avec les amis qu'il avait réunis chez lui.
— Annoncez-lui que je ne puis la recevoir maintenant.
— Monsieur, cette dame a vivement insisté
^8 Lu Conquête de VAir.
pour VOUS voir le plus tôt possible. Elle prétend que sa visite ne saurait être retardée.
— Alors, priez-la de monter. •
Le garçon ne se laissa pas répéter deux fois cette dernière phrase. On devinait que son insistance était largement récompensée par un copieux pourboire. Quelques minutes après, il reparut en accompagnant une femme vêtue de deuil et dont la figure disparaissait sous un crêpe épais.
Valdy reconnut aussitôt la visiteuse.
f Berthe ! • s'écria-t-il.
Puis il reprit :
• Madame la marquise de Béconnais!
— Dpnnez-moi le nom de Berthe, dit la jeune femme en lui tendant la main ; pour moi, vous n'avez cessé d'être Marcel.
— O madame, répondit tristement Valdy, la blessure que vous avez faite à mon cœur n^est pas encore fermée.
— Pardonnez-moi, mon ami , j'ai dû plier devant l'inexorable volonté de mon père. Il pensait que Téclat d'un titre et d'une grande fortune me rendrait heureuse; hélas ! il se trompait. Mais je ne veux point être son accusatrice, je ne veux point vous parler d'un passé douloureux pour vous et pour moi; je viens vous annoncer que je suis libre, complètement libre, et que je peux disposer de ma main.
— Vous êtes donc veuve ?
— Oui ; M. de Béconnais est mort, il y a environ un an, en Italie, où je l'avais accompagné. Il