Chapitre XX
chait sur le ciel azuré. Nous croyons même que leurs paupières s'humectèrent un peu.
Le Céleste s'abattit sur une plage sablonneuse à côté de ZouUa.
A Zoulla, les voyageurs furent reçus par un jeune enseigne de vaisseau. Cet ofBcier avait sous son commandement la ville et le littoral de la baie. Les autorités supérieures résident dans Tîle Dessi, acquise aussi en 1867, et centre principal de notre station navale dans la mer Rouge. Les marins chargés du service du port fêtèrent Pickerreek, Cardoùnet et Dernghuiz qui ne quittait jamais ses deux amis. Et Ton parla longuement de la patrie absente, et Ton but à la France chérie ! L'on but si longtemps et si souvent que les langues s'épaissirent et les yeux s'embrouillèrent un peu, mais personne ne s'enivra; on ne prit qu'un « léger plumet ». Dernghuiz, lui, s'agitait et se trémoussait comme si du mercure eût coulé dans ses veines; sa figure jaunâtre rayonnait de satisfaction et de plaisir. En compagnie de Pickerreek et de Cardoùnet, il avait appris quelques mots français et il s'écria joyeusement :
« Français, tous amis! tous professeurs ! »
Cardoùnet expliqua la signification de ce dernier terme dans la bouche du Tatar; et alors, cette vieille et franche gaieté gauloise qui est notre apanage désopila toutes les rates et un rire homérique souleva toutps les poitrines.
Les bons et braves marins ! Ils étaient enchantés de recevoir des camarades !
39^ La Conquête de VAir,
Nous savons bien que la manière dont noos les présentons ment avec la tradition romantique qui a crcc un marin sentimental, éche^elé^ sombre, fatal, au cœur rempli de passions fiéweuses et dont Eugène Sue a décrit quelques types^ mais nous pensons que la vérité vaut la iiction. Oui, nos marins sont gouailleurs et quelque peu pictonneursy mais aussi quels hommes! Abnégation, dévouement, bravoure, sont à rendre du jour chez eux, et cent qualités compensent leurs légers défauts.
De son côté, l'enseigne s^ingénia le mieux possible pour recevoir Valdy, Will Tooke, Iwan de KisselofF, sir Walter Donderry et M"* Valdy.
• Nous devons un remerciement au vent qui a soufflé aujourd'hui, dit Valdy à l'enseigne, car sans lui nous nous serions ravitaillés pour repartir immédiatement, et peut-être n'aurions-nous pas fait votre connaissance.
— Comment cela?
— liC vent a retardé notre marche et nous avons été contraints de nous arrêter à ZouUa, tandis que nous voulions arriver à Souakim.
— A mon tour, je remercie le vent; mais pour votre trajet de demain, je vais vous indiquer un moyen d'éviter son effet. En quittant Zoulla, enfoncez-vous un peu dans les terres intérieures, derrière les montagnes qui bordent la côte; je suis persuadé qu'à plusieurs lieues de la mer, vous trouverez une atmosphère tranquille.
— Eh ! pardieu, c'est vrai, dit Sir Walter, mais