Chapitre XX
vées du Djebel-el-Chigré et découvrit ensuite les masses montagneuses de Robàtat, Monassir, Chaighieh, etc. Là, on franchit le Nil. Une centaine de kilomètres plus loin, il fut franchi une seconde fois au-dessus de la quatrième cataracte. En cet endroit, le grand fleuve décrit une courbe et ne reprend son cours vers le nord qu'après être revenu sur lui-même depuis 19 degrés 30 minutes jusqu'à 18 degrés lat. N.
.Avant le coucher du soleil, on aperçut Marakah ou nouveau Dongolah, capitale de la province de Dongolah. Le Céleste prit terre à une bonne distance de la ville. Les voyageurs redoutaient, non sans raison, l'humeur belliqueuse et pillarde des gens de cette contrée. Sir Walter Donderry qui, autrefois, avait fait partie d'une expédition scientifique chargée de remonter le Nil jusqu'à Khartoum, dans la Nubie supérieure, connaissait Marakah. Accompagné d'Iwan de Kisseloff et de Will Tooke, il se dirigea hardiment vers la ville, y pénétra suivi d'une foule d'indigènes attirés par la curiosité, et demanda en arabe, langue qu'il parlait couramment, à présenter ses hommages au pacha du Dongolah.
Par un heureux hasard, le pacha du Dongolah était celui qu'avait déjà visité sir Walter lors de son expédition. 1 Heureux hasard » n'est point exagéré, car dans la plupart des souverainetés musulmanes, sinon dans toutes, les fonctionnaires, soumis aux caprices de l'arbitraire et du despotisme, ne font que passer et disparaître.
402 Lii Conquête de l'Air,
Sir Walter Dondeny exposa au pacha les motifs qui le conduisaient auprès de lui.
f Une caravane guidée par un Égyptien d'Assouan a dû confier à un homme de Marakah, nommé Si-Djillali-ben-Houssein, des ballots pour être remis à des roumis.
— Si-Djillali-ben-Houssein est un de mes chaouchs*, répondit le pacha; il te donnera ce qui t'appartient. Maintenant, apprends-moi comment tu es venu à Marakah. Assurément, toi et tes compagnons n'avez pas traversé le Korosko (désert) et n'êtes point arrivés jusqu'ici sans vous faire accompagner, et cependant je ne vois ni tes chameaux, ni ton convoi de serviteurs.
— Nous n'avons point pris la voie de terre.
— Vous avez donc remonté le Nil?
— Non.
— Ai- je trahi les devoirs de l'hospitalité, t'aije manqué de respect pour que lu te moques ainsi de moi?
— Je ne me moque point de toi.
— Par Allah ! que fais- tu donc? si tu n'es venu ni par terre ni par eau, quels moyens as-tu employés?
— Les aigles et les vautours viennent à Marakah, et ils ne marchent pas sur la terre, et ils ne voguent pas sur Teau.
— Meprènds-tu pour un niais? Penses-tu me
I. Agents de police musulmans et parfois bourreaux. On sait qu'en Afrique cette dernière profession n'a rien de dégradant^ elle est même honorée.