‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 203 sur 234 · Chapitre XX · texte numérisé non relu

Chapitre XX

faire croire que tu as à ta disposition les ailes de l'oiseau?

— Donne des ordres à ton chaouch pour qu'il nous remette ce qui nous appartient, viens avec nous, et tu jugeras. •

Le pacha, qui était un de ces vieux Égyptiens pour lesquels la routine a toutes sortes d'attraits, et, du reste, imbu par son éducation, sa religion et ses mœurs, des préjugés les plus absurdes, résolut de vérifier les assertions de son interlocuteur.

e Si tu te joues de moi, dit-il, malheur à ta tête !

— Je suis Anglais, répondit fièrement sir Walter, et ne mdîis jamais. Si tes menaces sont suivies d'exécution, je te préviens que ma nation réclamera justice au vice-roi, ton maître, et que tu périras à ton tour. Maintenant, viens ! •

Ce langage ferme et hautain imposa au pacha, qui se radoucit jusqu'à devenir gracieux. Pendant que l'on chargeait le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique, pendant que l'on sellait les chevaux, Iwan de KisselofF, Will Tooke et sir Walter visitèrent rapidement Marakah. Cette ville n'a que 5,000 habitants. Elle est de fondation récente et assise sur la rive gauche du Nil. Les maisons, construites de briques cuites au soleil et de moellons informes, sont basses et incommodes. Elle est défendue par un châteaufort élevé d'après les plans du célèbre micographe Ehrenberg, qui, en 1820, parcourut la Nubie,

chargé d'une mission scientifique parle gouvernement prussien.

Le pacha, suivi d'un certain nombre de cavaliers Cheyghias montés sur les célèbres chevaux pur sang du Dongolah, annonça aux voyageurs qu'il était prêt à les suivre. Ceux-ci enfourchèrent les montures qu'on leur présenta, et la cavalcade s'ébranla en soulevant des flots de poussière.

Sir Walter et le pacha marchaient en tète; après une course d'une demi-heure, l'Anglais désigna une masse noirâtre facile à distinguer dans la plaine sablonneuse.

• Voici nos ailes » , dit-il.

Le pacha Je regarda de travers.

Enfin, on arriva auprès de laéronef. Si-Djillaliben-Houssein fit décharger les produits chimiques, reçut une riche récompense et revint prendre place à côté de son maître. Tous les cavaliers regardaient le Céleste avec une curiosité mêlée de crainte ; sa forme étrange et inconnue leur inspirait une sorte de respect.

f Eh bien, Sidi, es-tu convaincu? demanda sir Walter.

— Je comprends, répondit le pacha après avoir longtemps réfléchi, je comprends que cette machine est venue jusqu'ici conduite par une force surhumaine, mais je doute qu'elle ait la légèreté de l'oiseau. Ecoute, je vais te donner un bon avis. Ou tu as dit la vérité, ou tu es un imposteur. Dans tous les cas, je le préviens que si cette machine reste à proximité de Marakah, les populations

Page 1