chapitre XX
accourront pour la détruire et la piller, parce que vous êtes des roumis. Fais ton profit de mes conseils. Si tu ne peux t'élever dans les airs, ton imposture sera reconnue et punie ; si tu peux voler comme nos aigles, imite-le et fuis.
— Je te remercie. Regarde et sois convaincu. »
Valdy donna Tordre d'appareiller immédiatement. Le Céleste fut élevé sur ses tiges de support, ses ailes battirent violemment Tair et il monta dans Pespace. Sir Walter, l'œil collé à la lunette voulut jouir de la surprise du sceptique pacha. Il Taperçut levant les bras au ciel et restant dans une sorte d'extase. Les cavaliers paraissaient inquiets et effrayés.
Après avoir parcouru de 50 à 60 kilomètres, les voyageurs descendirent dans le désert. La nuit survint presque aussitôt. Par mesure de précaution, il fut convenu que chacun, sauf M"® Valdy, veillerait à son tour jusqu'au matin. Pickerreek dressa la tente et commença la faction pendant que ses compagnons s'endormaient. Jusqu'au jour, les sentinelles se relevèrent régulièrement, et rien ne troubla le calme de l'immense solitude.
Enfin, le soleil radieux émergea derrière les montagnes qui resserrent la vallée du Nil dans presque toute la Nubie, et sa lumière éclatante envahit subitement tous les points de l'horizon.
f Alerte ! alerte f cria joyeusement sir Walter Donderry, aujourd'hui, 7 octobre, nous allons parcourir un des plus célèbres pays du monde!
4o6 Lu Conquête de l'Air.
— Nous n'aurons guère le temps de l'admirer, dit Valdy, car nous marcherons bon train. Ce soir nous serons à Médinet-el-Fayoum , à plus de i,aoo kilomètres d'ici.
— La Bible assure que les Israélites conduits par Moïse mirent quarante ans à traverser le désert. S'ils a>'aient eu à leur disposition des aéronefs, ils etTectuaient leur trajet en moins de quarante heures! •
Après cette réflexion de sir Walter, le Céleste s'éleva dans l'atmosphère, revint vers le Nil et suivit le grand fleuve en se maintenant à une hauteur de aoo mètres. Il passa sur Tîle d'Argo, près de Marakah, où Ton a trouvé des statues colossales, des ruines éthiopiennes, et continua sa course au-dessus d'une contorée couverte de massifs rocheux, appelée par. les Arabes, dans teur langage expressif Batn-el-Haffer, c'est-à-dire ventre de pierre. Il serait fastidieux de nommer les nombreux villages épars sur les deux rives du fleuve, aussi nous ne désignerons que les peuplades qui les habitent. Après les Dongolah, on rencontra les Malias, les Sokkots, les Hadjars, les Barahras, mélange de métis, de n^^es et de blancs, et pour la plupart descendants de Turcs et de mamelouks. Vers midi, l'aéronef prit terre près d'Assouan. Il fut immédiatement entouré d'une foule de curieux. Valdy se ravitailla en bicarbonate de soude et en acide chlorhydrique déposés chez un copte (chrétien descendant des anciens Égyptiens) et commanda le départ.