‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 205 sur 234 · Chapitre XX · texte numérisé non relu

Chapitre XX

f C'est dommage, dit sir Walter, que nous ne puissions nous arrêter quelques heures ici.

— Pourquoi cela? demanda Cardounet.

— Parce que dans Assouan on voit des ruines importantes. C'est la Syène antique d'où l'on transportait les beaux granités et syénites extraits des carrières voisines en masses colossales, et qui ont servi à l'édification de bon nombre de monuments égyptiens. Puis, en face, se trouve l'île d'Éléphantine, la Djepret-el-Sag (île fleurie) des Arabes et que les voyageurs européens nommèrent leyardin du Tropique. Éléphantine est couverte de riches antiquités ; naguère, on y voyait encore un nilomètre décrit par Strabon et deux temples construits par Aménophis III, 1,700 ans avant notre ère. Mais la civilisation moderne a remplacé ces magnifiques édifices par deux lourdes casernes. Là où les prêtres des Pharaons célébraient la gloire de Kneph, le bon génie, et d'Osiris, le soleil resplendissant, les soudards musulmans fument leur chibouk et vivent dans la crasse et l'indolence. •

Le Céleste suivit ensuite cette belle plaine fécondée tous les ans par les inondations du Nil, et fameuse par les souvenirs historiques qu'elle rappelle. Sur les rives du fleuve se dressaient, majestueux et imposants, des palais, des ruines, des colonnades, des obélisques, des temples, des monuments grandioses confondus avec les villes récentes et toujours entourées d'un corset verdoyant de palmiers, de cannes à sucre, d'orangers, de sycomores, de bananiers.

4o8 La Conquête de l'Air,

On aperçut Edfbu , Voâpollinopolis magna renommée par son temple d'Honis; Elsneh, la Latopolis des Grecs, où l'on a découvert deux Zodiaques et les hypogées d'Eileythia ; Luxor, d'où provient le monolithe en granit rose qui décore la place de la Concorde, à Paris ; Kamak et Médinet-Abou, sur remplacement de la Thèbes aux cent portes; Denderah, ridiculisée dans les satires de Juvénal par sts disputes prétentieuses avec les habitants^ d'Ombos^ : temple magnifique encore debout; Keneh (10,000 habitants), autrefois Cœnopôlis; Madfouneh, l'ancienne Abydos; Girgha, sur le canal de Joseph ; Siouth, près des débris de Lycopolis; Achmoumeyn, presque en face d'Hermopolis-la-Grande, misérable bourgade construite sur les ruines de la superbe Antinoé; Minieh, où Ton fabrique des bardaques, vases poreux ; Bénisouef, entrepôt de commerce et fabrique de cotonnades.

Tout réquipage admirait le vaste panorama* • Eh ! que serait-ce donc, s'écria sir Walter Donderry, si vous restiez toute une année dans cette ravissante contrée! Pendant les mois de juillet et d'août, la vallée du Nil ressemble à une vaste mer parsemée d'îles, avec des chaussées qui conduisent d un village à l'autre; les arbres, serrés en bouquets, montrent leurs têtes au-dessus des flots, les eaux bourbeuses roulent leur limon sur les sables arides qu'elles vont féconder. Le

Page 1