chapitre XXI
f Messieurs, dit-il en français, soyez les bienvenus sur le sol égyptien. Désormais je compterai le jour de votre gracieuse visite comme un des plus heureux de ma vie. »
Puis il se tourna vers M"* Valdy et ajouta :
e Madame, nos mœurs n*ont point encore émancipé les femmes, mais si elles avaient votre hardiesse, elles opéreraient bientôt la régénération que rÉgypte attend pour reprendre sa splendeur et sa puissance antiques.
— Instruisez-les, répliqua M"® Valdy, et je suis assurée qu'elles comprendront leur mission civilisatrice et sociale. »
Ghazalli-Bey ne répondit rien. L'Egypte est une nation où il n'est point permis encore d'agiter ces questions.
Le gouverneur confia le Céleste à la garde d'un peloton de soldats et emmena les voyageurs chez lui. Il les reçut avec ce faste et cette courtoisie en usage chez les riches orientaux et ces délicatesses qui ennoblissent l'hospitalité.
• Je me rejouis, dit-il, que ce soit un Français qui ait découvert la navigation aérienne.
— Ce ne pouvait être différemment, interrompit Cardounet en riant, tous les peuples de la terre s'accordent à répéter que les Français sont les êtres les plus légers qui existent.
— Non, non, répondit Ghazalli-Bey, leur légèreté n'est souvent qu'apparente, et derrière elle s'abritent des qualités sérieuses et recommandables. Notre pays doit immensément à la France.
4ia La Conquête de l'Air,
Il a conservé la trace de sa glorieuse armée et des savants nombreux qui l'accompagnaient. Alors, la grande nation était notre ennemie, mais elle poursuivait une mission civilisatrice dont nous ressentons encore les efFets. Pour nos pères vaincus, la France devint une sorte de révélation, et quand ils aspirèrent au progrès, c*est à la France qu'ils demandèrent des instruments et des hommes pour répandre chez eux les premières semences d'instruction. Sous la tenace persévérahce de M. de Lesseps, le percement de l'ile de Suez, ce merveilleux et gigantesque travail qui a rebuté les Pharaons, se serait-il efFeclué? J'en doute. Aussi, toutes les fois que j e puis rendre j ustice aux Français, je le fais avec empressement et reconnaissance. »
Valdy remercia Ghazallî-Bey ; Pickerreek et Cardounet lui serrèrent les mains et les secouèrent avec tant d'ardeur qu'on eût cru qu'ils allaient lui disloquer les bras.
Dans la soirée, les voyageurs, favorisés par un clair de lune splendide, parcoururent Médinet, guidés par le gouverneur et bon nombre de ses subalternes. Médinet-el-Fayoum, construite sur l'emplacement de l'antique Arsinoé, ressemble à la plupart des villes musulmanes. Rues étroites, maisons basses et sans ouvertures dans leurs façades, mosquées aux minarets gracieux, édifices publics lourds et écrasés, voilà ce qu'^n y voit. Les fabriques de châles blancs, de toiles de lin et d'essence de rose, sont assez renommées. Sa population dépasse 12,000 habitants.