Chapitre XXI
f Vous trouvez de la différence, dit Ghazalli- Bey, avec vos villes européennes si. animées, si luxueuses; aussi, en Egypte, ce n'est guère nos cités qu'il faut visiter, mais nos magnifiques campagnes. La province du Fayoum est un immense jardin. La nature y déploie toutes ses richesses. Et pourtant, autrefois, ce n'était qu'un désert sauvage et inculte. La dérivation des eaux du Nil opérée 3,000 ans avant Thégire par un Pharaon de la dynastie de Manethon, transforma complètement le pdiys. Le Bahr-Youssouf (cdinû de Joseph) forma le lac Mœris, permit la création d'un système d'irrigation bien entendu, et fertilisa les sables arides. *
Les voyageurs remercièrent le gouverneur de toutes ses complaisances et demandèrent à se reposer, car leur long trajet et la chaleur les avaient fatigués.
Le lendemain, 8 octobre, en présence de presque tous les habitants de Médinet-el-Fayoum, le Céleste appareilla pour le départ. Ghazalli-Bey donna à Valdy une lettre de recommandation pour le cheik de l'oasis de Siouah et offrit à M'"* Valdy une riche parure, véritable chefd'œuvre artistique, façonnée par les plus habiles ouvriers égyptiens.
A huit heures du matin, l'aéronef quitta Médinet, passa sur le lac Keroum, l'ancien lac Mœris, et continua sa course vers Pouest. Rien de remarquable ne frappa les regards des voyageurs. Le désert s'étendait dans le lointain ; quelques cam-
414 ^^ Conquête de PAir.
pements, quelques caravanes rompaient seuls sa lugubre monotonie* Après un trajet de 300 kilomètres, le sol parut se dépouiller un peu de son enveloppe sablonneuse et subir des ondulations assez accentuées pour ne point les attribuer à l'action du vent. Plus loin, on distingua de véritables mamelons rocheux, et enfin, des collines et des montagnes. Vers une heure de l'après-midi, on découvrit l'oasis de Siouah. Le Céleste se rapprocha de terre, mais il devint aussitôt l'objet de démonstrations hostiles.
f Soyons prudents, s'écria sir Walter, les gens qui sont au-dessous de nous semblent ne pas vouloir nous accueillir en amis.
— C'est parce qu'ils sont efirayés, ajouta Iwan de Kisseloff.
— Raison de plus pour agir avec circonspection.! Les Arabes quittaient leurs maisons en poussant
des cris ; les cavaliers couraient dans la plaine au galop de leurs chevaux ; l'alarme paraissait générale. Plusieurs coups de fusil furent tirés sur l'aéronef, et Valdydut s'élever pour se mettre hors de la portée des balles ; puis il tournoya au-dessus de Siouah, afin de saisir une occasion favorable à la descente.
« J'ai une idée, dit Cardounet.
— Laquelle?
— Donnez-moi la lettre du bey de Médinetet conduisez le Céleste au-dessus de ce groupe de personnes que j'aperçois là-bas, à côté de la ville; parmi elles, il doit y avoir un chef... •