Chapitre XXI
à un juif qui séjournait tous les ans dans la ville pendant quelques mois et s'occupait du commerce des dattes. Le juif se montra enchanté d'être débarrassé de son dépôt et ne voulut point être payé des soins qu'il en avait pris. Ce fait, de la part d'un juif arabe, est assez rare pour qu'il soit signalé. Toutefois, Valdy lui fit accepter un thermomètre , et sir Walter lui expliqua les divers usages de cet instrument.
L'oasis de Siouah forme une vallée entourée de montagnes, bien arrosée, renfermant de petits lacs et produisant en abondance des dattes, des pastèques, des grenades, des raisins, des olives, des fèves, de l'orge, du blé et du riz. Elle doit sa célébrité, non à sa fertilité extraordinaire, mais aux ruines nombreuses dont elle est couverte. Autrefois elle était l'oasis de Jupiter-Ammon. C'est là que l'antiquité païenne alla consulter le plus fameux de ses oracles; c'est là qu'Alexandre le Grand reçut le titre pompeux de fils de Jupiter; c'est dans le désert qui l'entoure que l'armée de Cambyse périt, lorsque ce roi cruel voulut saccager le temple divin.
Nos voyageurs visitèrent rapidement les ruines appelées aujourd'hui par les Arabes Omm-Bejrda et assistèrent à la diffa (repas, fête des hôtes) offerte en leur honneur par le cheik. Sir Walter récompensa généreusement le chef de l'oasis en lui donnant quelques bank-notes.
« Vas-tu souvent à Alexandrie? lui demandat-il.
4i8 La Conquête de l'Air.
— J'y vais tous les ans pour acquitter le tribut que nous payons au khédive.
— Tu présenteras ces papiers dans une maison de banque ou de commerce, et Ton te donnera de
ror.
— Qu'Allah te bénisse ! »
Et le cheik empocha les bank-notes. Pauvres ou riches, les Arabes sont tous cupides, et certainement sîr Walter Donderry les connaissait assez pour savoir que rien ne serait plus agréable à son interlocuteur que Tespoir de réaliser une bonne somme.
Le Céleste s'éleva de nouveau, mais aucune approbation, aucune acclamation ne Faccompagna. Les Arabes étaient plus stupéfiés qu'émerveillés, et dans l'ascension de l'aéronef ils voyaient une chose surnaturelle qu'ils ne concevaient pas. Quelques - uns soutenaient que la magie des djinns et des péris n'était point étrangère à ce fait merveilleux. ^
Les voyageurs poursuivirent leur course sur une contrée moins triste que le désert, mais peu habitée et assez aride. Ils quittèrent bientôt PÉgypte et pénétrèrent sur le plateau de Barkah, dans la régence de Tripoli, autrefois Cyrénaïque ou Pentapole; ils traversèrent le désert de Bareah qui sépare l'oasis d'Andjilah du littoral, distinguèrent le Djebel-Akhdar, chaîne montagneuse qui va du golfe de la Sidre jusqu'aux frontières égyptiennes, et arrivèrent enfin auprès de Benghazy au moment où le soleil lançait ses derniers rayons dans