chapitre XXI
Tatmosphère et paraissait s'engloutir dans les flots irisés de la Méditerranée.
Benghazy, Fancienne Bérénice, se trouve sur le bord de la mer. Dans ses environs, on plaçait le jardin des Hespérides. Son port, protégé par une ligne de récifs, est des plus médiocres. Sa population atteint 6,000 habitants et fait le commerce avec File de Malte et le Oudaï (Soudan).
La nuit répandait ses ombres sur la terre; Valdy ne jugea pas à propos d'envoyer à Benghazy pour y chercher les produits chimiques déposés chez un Italien établi dans la ville depuis plusieurs années. Le Céleste^ descendu sur un mamelon du Djebel-Akhdar et dans un endroit isolé, était à Fabri de toute surprise. Les voyageurs soupèrent gaiement, causèrent un peu et s'endormirent comme de véritables marmottes. Le lendemain, 9 octobre, dès la pointe du jour, Pickerreek, Cardounet, sir Walter et Will Tooke se rendirent à Benghazy et revinrent une heure après avec un convoi de mulets portant du bicarbonate de soude et de Facide chlorhydrique. Dans la ville, personne ne se doutait du voisinage de Faéronef.
Le Céleste s'élança comme un trait au-dessus de la mer. Au lieu de suivre la côte qui se contourne pour former la Grande-Syrte ( golfe de la Sidre), Valdy préférait effectuer une traversée; il abrégeait ainsi son trajet de 300 kilomètres. En effet, la distance en ligne directe, de Benghazy à Tripoli, n'est que d'environ 60 myriamètres, tandis qu'elle est de plus de 90 en suivant le rivage,
Stérile et presque inhabité. Et puis, nos voyageurs étaient las de passer sur les immenses et lan|;uissantes solitudes terrestres. Toujours les mêmes aspects, la même uniformité dans laplaine sablonneuse! Rien que des mimosées épineuses ou de maigres buissons pour égayer le paysage! Les oasis, vues d'une altitude parfois assez élevée, n'avaient paru que semblables à des touffes d'herbes éparses dans un champ dévasté .-
Mais la mer! la mer avec ses horizons vaporeux, ses mouettes, ses pétrels, ses goélands qui décrivent leurs courbes gracieuses au-dessus des crêtes écumantes, la mer avec son agitation constante et son murmure éternel, c'est la joie, c'est la vie. Thalassa! Thalassa! La mer! la mer!
s'écrièrent gaiement les dix mille conduits par Xénophon, quand, accablés de fatigue, épuisés par leur longue marche, décimés par la guerre et les privations, ils aperçurent les flots du Ponl- Euxin ! La vue de la mer éveille je ne sais quels sentiments de grandeur et d'admiration qui, selon les expressions du commandant Maury, « révèlent à chaque pas de nouvelles merveilles ; et l'on ne tarde pas avoir dans cette masse liquide, qui semble inanimée au premier abord, un véritable monde, vivant et se m ouvant, en obéissant à des lois déterminées. Plus on avance et plus l'impression de ce majestueux spectacle devient saisissante. »
Le Céleste, « voguant dans la pourpre du matin », traversa la Grande-Syrte, fameuse par ses