‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 213 sur 234 · Chapitre XXI · texte numérisé non relu

Chapitre XXI

bas-fonds, ses sables mouvants, ses ras de marée, ses nombreux naufrages, et rejoignit la terre au cap de Mesurata. Dès lors, il suivit la côte jusqu'à Tripoli où il arriva vers une heure du soir. Il s'abattit près du port.

Tripoli est une ville de 30,000 âmes, résidence du dey et centre administratif de toute la régence; aussi, lorsqu^on eut aperçu l'aéronef, tous les fonctionnaires, tous les consuls européens et leur personnel se portèrent avec empressement sur le lieu de la descente. Le dey lui-même vint, suivi d'une nombreuse escorte, visiter la merveille aérienne, et fit présenter ses félicitations à Valdy par le drogman (interprète) français. Les consuls voulurent dignement fêter les voyageurs et les prièrent de rester jusqu'au lendemain, mais Valdy refusa leurs offres, prétextant qu'il n'avait point de temps à perdre pour se rendre en France. Sitôt qu'il se fut ravitaillé, il se prépara à repartir.

Tout à coup l'attention de la foule fut détournée du Céleste par un point noir qui apparaissait dans le ciel. Will Tooke et Iwan de KisselofF reconnurent un ballon. Dans la nacelle se trouvaient deux aéronautes. Le ballon montait, descendait, remontait, redescendait et courait, audessus de la mer, dans une direction presque parallèle à la côte.

« Je connais cette manœuvre, dit Pickerreek, ce ballon est en détresse! »

En effet, à plusieurs reprises, on vit l'aérostat raser les flots, puis s'élever par des bonds prodige

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gieux et retomber plus loin. Nul secours n'était possible. Les deux aéronautes semblaient condamnés à une mort certaine. Cardounet évalua leur éloignement à plus de 6 kilomètres ; aucune embarcation, si fine voilière qu'elle fut, ne pouvait arriver assez tôt pour les recueillir. Le ballon fuyait toujours rapidement en continuant de bondir vers l'est, c'est-à-dire vers la haute mer.

« Vite ! vite ! s'écria Valdy, embarquons-nous ! Nous sauverons ces deux malheureux I •

L'anxiété était générale, même chez les Arabes, les Maures et les nègres qui conservent constamment une froide impassibilité. Le Céleste agita ses ailes et s'élança au-dessus des flots. En quelques minutes, il atteignit le ballon sur lequel on lisait en gros caractère son nom : Voélgérien,

f Ce sont des Français, mille tonnerres ! exclama Pickerreek, nous les sauverons ou je perdrai mon nom! »

Mais comment effectuer le sauvetage? L'aérostat à demi dégonflé plongeait quelquefois sa nacelle dans leau et cachait les deux aéronautes dans ses replis. Il ne fallait point songer à le soulever, car son poids eût peut-être précipité le Céleste dans l'abîme. On ne pouvait conseiller aux naufragés de rompre les cordages et le filet pour se débarrasser du ballon, car celui-ci soutenait la nacelle.

Que faire?

Pickerreek eut une inspiration.

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