‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 215 sur 234 · Chapitre XXL · texte numérisé non relu

Chapitre XXL

et moi. Le vent soufflait du nord; je pensais que nous irions tomber aux environs de Batna. Mais à 2^000 mètres d'altitude, un courant aérien nous a saisis et nous a poussés avec une violence extrême vers Test. Je ne me suis guère inquiété de cela, car aucun danger ne nous menaçait. Pour descendre, j'attendais de me trouver à proximité d'une ville un peu importante, parce que j'avais tout à craindre de ^inexpérience et de l'ignorance des Arabes qui vivent dans les douars. Je ne découvris rien. Tout à coup, mon camarade s'écria : la mer! Je tirai la corde de la soupape pour laisser échapper le gaz et descendre, mais lé courant redoubla de vitesse et emporta le ballon comme un fétu de paille aii-dessus de la Méditerranée». Nous quittâmes la côte, nous aperçûmes les îles Kerkenni, et puis, l'immensité... Qu'ajouterais-je à mon récit? La déperdition du gaz se continuait, nous n'avions plus de lest lorsque vous nous avez arrachés à une mort affreuse.

Les deux aéronautes remercièrent chaleureusement l'équipage du Céleste^ et sir Walter leur offrit ses services pécuniaires, car dans leur naufrage, ils avaient tout abandonné et tout perdu. Le consul de France s'empressa de leur procurer les premiers secours, les pria d'accepter l'hospitalité chez lui, en attendant qu'il se présentât une occasion favorable pour le rapatriement.

Échappant aux nombreuses marques de sympathie et d'admiration qu'oa leur prodiguait, les voyageurs s'embarquèrent au plus vite, et l'aéro-

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nef s*cle^:a majestueusement au-dessus de Tripoli. II longea la càte africaine jusqu'à Kabès, ville importante de la Tunisie, qui donne son nom au golfe appelé autrefois Petite-Syrte, puis il obliqua ^*ers l'ouest et passa sur cette région de chotts qui, de la mcfj s'étend jusqu'au pied des monts Aurès (province de Constantine) et que le capitaine E. Roudaire a proposé de transformer en mer intérieure. Les chotts ou Seb Khas sont des bas-fonds sans issue pour les cours d'eau qui s'y réunissent. En hiver, on dirait des lacs d'une grande superficie et assez profonds, mais en été« les eaux s'évaporent sous l'action de la chaleur et disparaissent presque complètement, c Ils sont alors couverts de sds de magnésie, et ressemblent, à s'y méprendre, àd'inmienses^laines couvertes de gelée blanche. Quand on s'aventure dans rintérieur des chotts, on y éprouve une chaleur lourde et accablante. Les yeux sont éblouis par la réverbération des rayons du soleil sur les petits cristaux de magnésie qui tapissent le sol; les objets placés sur les bords y sont réfléchis avec autant de fidélité que dans les eaux les plus transparentes. L'illusion est complète; on se croirait sur un ilôt au milieu d'un lac véritable^. >

M. Roudaire a reconnu dans les chotts la grande baie de Triton, golfe de la Méditerranée, étroit, resserré par les terres comme une sorte

I. Une mer intérieure en Algérie y par M. E. Roadaire^ capitaine d'état-major.

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