‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 216 sur 234 · Chapitre XXI · texte numérisé non relu

Chapitre XXI

de mer Rouge, mais fréquenté et possédant sur son littoral des villes importantes et commerçantes. Il projette de rendre à la mer ses anciennes limites et de fertiliser le sud de TAlgérie. Espérons qu'il réalisera cette grandiose conception.

Tant que dura le jour, le Céleste avança vers Fouest. Vers six heures du soir, il s'abattit en Algérie, à une courte distance de la frontière tunisienne et vers la pointe occidentale du Sebkha el Gharnis. Nos voyageurs n'avaient rien à craindre pour leur sécurité, car les environs des chotts sont peu habités, et leur sol est souvent mobile; il est imprudent de s'y risquer la nuit et sans guide. Des sables mouvants, des trous vaseux, des amas boueux qu'un œil exercé n'aperçoit pas toujours, engloutissent celui qui se hasarde à parcourir leur lit desséché. On cite des caravanes entières, des convois de chameaux, des détachements de soldats qui ont été ensevelis sans laisser la moindre trace de leur passage.

La ,nuit fut tranquille. On n'entendit que les cris aigus des hyènes et des chacals attirés par l'odeur des débris culinaires que Cardounet avait répandus sur le sol. Vers minuit, cet étrange concert cessa, et chacun dormit solidement jusqu'au matin.

t Aujourd'hui, 10 octobre, dit Pickerreek en s'éveillant, c'est notre avant-dernier jour de voyage.

— Demain nous serons à Bordeaux, demain nous rirons de la mine allongée de M. Harry

Catien, ajoutèrent Cardounet et Iwan de Kisseloff.

— Prenez garde, interrompit M"* Valdy, Crésus fut atteint par l'instabilité des choses humaines. Qui sait si nous arriverons?

— Oh ! madame, dit sir Walter Donderry avec un léger accent de reproche, vous si vaillante et si courageuse, vous n'auriez donc plus cette coniiance qui vous a soutenue jusqu'ici?

— Je partage toujours vos espérances, mais qui vous assure que les plus rudes épreuves né nous sont pas réservées pendant .les deux derniers jours de notre excursion?

— Eh bien, nous lutterons. Le combat de l'homme contre la nature est une condition de progrès.

— Allons, embarquons-nous » , cria Valdy.

Le Céleste partit dans la direction de l'ouest et

ne s'éleva qu'à une faible altitude. Il traversa le chott Melrhir, rencontra de vastes plaines, les unes désertes, les autres arrosées et fertiles, puis les nombreuses oasis du Belud-el-Djerid (pays, des dattes), des Larbaas et des Ksours, suivit l'Oued- Djeddi (rivière du chevreau) et arriva à El-Aghouât un peu avant midi.

A El-Aghouât, les prévisions patriotiques de Pickerreek se réalisèrent : depuis le commandant supérieur du cercle jusqu'au plus humble soldat, depuis le plus riche colon jusqu'au plus pauvre, tout le monde accueillit les voyageurs avec des transports d'allégresse. Les maisons furent pavoisées, et les rues jonchées d'herbages odorants.

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