‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 217 sur 234 · chapitre XX F · texte numérisé non relu

chapitre XX F

Par les soins des officiers de la garnison, les cuisiniers du mess improvisèrent un déjeuner délicat et copieux. A table, la place d'honneur fut réservée à M™* Valdy, qui devint l'objet de ces attentions gracieuses que savent si bien et si galamment prodiguer nos militaires. Pickerreek et Cardounet étaient confus des mille honnêtetés dont on les comblait. Will Tooke, Iwan de KisselofF, sir Walter Donderry, Valdy, étaient ravis du tact de leurs hôtes. Dernghuiz, lui, pensait sobrement et mangeait de bon appétit. On causa longuement de la navigation aérienne et de ses conséquences futures.

— Votre découverte est admirable, dit le commandant du cercle à Valdy, et j*espère qu'elle nous aidera en Afrique. Vous supprimez le désert, cet immense Sahara, tombeau de tant de voyageurs, gouffre insatiable de victimes; vous reculez les limites de l'Algérie jusqu'à TÉquateur. Quelle conquête ! Et cela sans verser une goutte de sang, sans exposer la vie d'un seul homme! La science est plus puissante que les plus fortes armées ; et les conquérants, tant acclamés et tant vantés, ne sont que des pygmées quand on les compare à ces hommes énergiques et dévoués qui ont quelquefois usé leur existence pour doter Thumanité d'une invention !

— J'ai projeté une expédition au pôle nord, répondit Valdy; si je réussis, je reviendrai en Afrique et en explorerai le centre. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour être le digne émule

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des Caillé, des Speke, des Grant, des Barth, des Stanley, des Livingstone! »

Il fallut se séparer. Les officiers voulaient retenir les voyageurs, mais ceux-ci leur parlèrent des engagements qui les liaient et résolurent d^artir aussitôt afin d'arriver à Nemours dans la soirée.

Le Céleste prit son essor et s'éleva à plus de 1,200 mètres d'altitude. Il remonta le cours supérieur de rOued-Djeddi, franchit les petites montagnes qui réunissent les ramifications septentrionales du Djebel-Amour au Djebel-Lazereug et au Djebel-Senebla, et pénétra au-dessus du désert de la province d'Oran. Là un vent du sud assez faible commença à souffler.

« Bon ! dit Cardounet, voilà un zéphyr qui ne nous contrariera pas, pourvu qu'il dure jusqu'à notre retour en France.

— Tranquillisez-vous, mon ami, répondit sir Walter; lorsque le vent du sud souffle en Afrique, il va crescendo et se maintient pendant plusieurs jours. Ce soir, il sera plus fort; demain, il sera presque violent.

— Tant mieux ! tant mieux ! nous franchirons plus rapidement l'Espagne. »

On passa au-dessus du ChelifF, la plus grande rivière de l'Algérie, de TOued-Masser, du chott El-Chergui, le plus remarquable des chotts algériens; il a 130 kilomètres de longueur et 20 de largeur. Ses berges, ses falaises, hautes en plusieurs endroits de 30 mètres, sont rocheuses et coupées à pic. Elles portent les traces du séjour des eaux.

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